Covid-19 : les philosophes face au vaccin

Catherine Malabou : “Nous sommes au seuil d’une révolution biotechnologique”

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Catherine Malabou en 2014

Catherine Malabou en 2014. © Richard Dumas/Agence VU

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Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Passionnée par les recherches en épigénétique, la philosophe estime que les craintes concernant les vaccins à ARN messager sont infondées. Au contraire, ils ouvrent la voie à de nouveaux traitements.

 

« Pour moi, se faire vacciner est de l’ordre du devoir. Je viens de perdre ma mère des suites du Covid-19. Elle avait plus de 80 ans, mais elle était en bonne santé et a été emportée de manière foudroyante, en quatre jours. Cette expérience a précisé la vision que j’avais de l’ampleur de ce mal et de l’urgence qu’il y a à s’en prémunir. 

Sur un plan plus théorique, je travaille depuis longtemps sur l’importance de l’épigénétique, science qui a connu une expansion remarquable au tournant des années 1990. L’épigénétique étudie les mécanismes de synthèse, c’est-à-dire de transcription ou d’interprétation de l’ADN par l’ARN à l’intérieur de nos cellules. Nous avons tous un code génétique, l’ADN, mais, à partir de là, il y a des mécanismes de transcription qui modèlent les individualités que nous sommes (les phénotypes). À partir d’un même code, il y a plusieurs possibilités de traduction par le vivant. Parmi ces mécanismes épigénétiques, certains dépendent d’influences extérieures, de l’environnement et de l’éducation, ce qui explique notamment que des jumeaux élevés dans des familles différentes vont cesser de se ressembler. Les deux vaccins principaux qui sont aujourd’hui commercialisés, Pfizer et Moderna, sont des vaccins qui utilisent l’ARN messager (ARNm) de construction épigénétique. Le vaccin utilise un ARNm synthétisé à partir de séquences génétiques du SARS-Cov2, qui, une fois présent dans les cellules, produira des protéines capables de stimuler le système immunitaire sans pour autant donner la maladie. C’est la première fois dans l’histoire que de tels vaccins sont employés, puisque, d’habitude, un vaccin est un sérum qui contient le virus soit inactif, soit mort. La crainte qui s’exprime aujourd’hui plus ou moins clairement est que ce vaccin puisse avoir une influence sur le génome, sur l’ADN. Alors là, la réponse est assez nette : si on lit les articles de recherche qui paraissent sur l’épigénétique, il n’y a aucun risque que cela se produise, puisque l’ARN ne modifie pas l’ADN. L’ARN travaille à la surface de l’ADN – c’est le sens du préfixe “épi” – et ne le pénètre pas. Une métaphore adéquate serait celle de l’interprétation musicale. Il peut y avoir plusieurs façons d’interpréter une partition, mais celle-ci ne change pas. En revanche, il y a une crainte légitime : le fait que les transformations épigénétiques soient transmissibles. On le sait désormais, et c’est un résultat qui revalorise au passage les idées de Jean-Baptiste de Lamarck face à celles de Charles Darwin. Pour Lamarck, des variations touchant quelques individus pouvaient être transmises aux générations suivantes, sans affecter toute l’espèce – donc des transformations locales étaient envisageables en marge de l’évolution.

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