Dossier / “Pourquoi se complique-t-on la vie ?”
Cause toujours ! 7 expressions expliquées sans complexe
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Cet article est issu du numéro 191 de Philosophie magazine « Pourquoi se complique-t-on la vie ? », en kiosque le 03 juillet 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
“Couper les cheveux en quatre”
Au XVIIe siècle, on disait « fendre un cheveu en deux » avant de parvenir à l’expression actuelle. Elle ne décrit donc pas l’art du coiffeur – pour qui découper un long cheveu en quatre est un jeu d’enfant – mais l’obsession de celui qui veut atteindre la perfection au prix d’une méticulosité extrême, qui complique tout. Nous attachant à des détails inutiles, nous attelant à une tâche infinie, obnubilés par le désir de perfection, nous oublions l’essentiel. Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), fustige la passion moderne pour les techniques les plus sophistiquées, qui nous font oublier la richesse du rapport immédiat que nous entretenons avec la nature ou nos semblables.
Le conseil de Rousseau
Laissez vos cheveux tranquilles, ne cherchez pas la perfection et allez à la rencontre des arbres, des plantes, des animaux et des humains.
“Chercher midi à 14 heures”
Cette expression datant du XVIIe siècle signifie chercher une chose là où elle n’est pas. Au lieu de tendre la main, de profiter de ce qu’on a sous les yeux, on a souvent tendance à échafauder des hypothèses sophistiquées. Dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe La Lettre volée (1844), des policiers fouillent de fond en comble un appartement à la recherche d’un document compromettant. Or, au lieu d’être dissimulée dans un endroit difficile à trouver, la lettre avait été laissée bien en vue dans un porte-documents sur le bureau. Mais la lettre de l’expression nous dit, elle, autre chose : au lieu de profiter du présent, nous allons au-devant de nous-mêmes, vers un ailleurs plus palpitant que l’évidence de ce qui nous est donné. « On aime mieux la chasse que la prise », relève Blaise Pascal dans ses Pensées (1670). Le divertissement, l’aventure, le plaisir angoissé de la quête nous éloignent de notre présence à nous-mêmes et aux autres.