Israël/Iran
“Ce conflit n’est pas celui du peuple iranien” : entretien avec Sina Abedi
Téhéran (Iran), le 15 juin 2025. Des Iraniens prennent en charge un homme blessé lors d’une frappe israélienne sur le boulevard Kéchâvarz, dans le centre de la ville. © Amir Kholousi/AFP
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Trois jours après le début de l’opération « Rising Lion » lancée par Israël contre l’Iran, nous avons interrogé le docteur en architecture, chercheur-enseignant et essayiste Sina Abedi. Il nous explique que le peuple iranien rejette également les deux forces entre lesquelles il se trouve pris en otage, la République islamique et le gouvernement israélien.
L’opération israélienne, lancée le 13 juin contre l’Iran, dont le nom est “Rising Lion”, fait référence au drapeau iranien d’avant la révolution. Elle est un signe adressé directement aux Iraniens. Qu’est-ce qui prendra le dessus : la haine des mollahs ou le sentiment patriotique ?
Sina Abedi : Le patriotisme des Iraniens n’a pas besoin d’être réveillé ; il est ancré dans une conscience nationale plurimillénaire, une culture et une histoire d’une immense richesse. Ce conflit n’est pas celui du peuple iranien. Il s’agit avant tout de la manœuvre d’un pouvoir aux abois, qui cherche dans l’escalade militaire un moyen de détourner l’attention de son bilan désastreux après 46 ans de règne. La volonté populaire s’est déjà exprimée avec une force indéniable lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » [lire nos articles ici et là]. Ce mouvement a été le point culminant d’une longue dissidence et a signifié un rejet complet du système. Les Iraniens refusent aujourd’hui d’être piégés dans le faux dilemme qui les sommerait de choisir entre le régime actuel et une intervention extérieure. Une troisième voie est possible, celle que le peuple iranien, par son propre courage, a d’ores et déjà commencé à tracer pour son avenir.