Écologie

Celia Izoard : “Les projets miniers actuels ne peuvent être soutenus que par des régimes d’exception”

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Celia Izoard : “Les projets miniers actuels ne peuvent être soutenus que par des régimes d’exception”

Dans l’Allier, le 17 janvier 2024. La mine à ciel ouvert de l’usine de lithium à Échassierres (03), dans le centre de la France. © Olivier Chassignole/AFP

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Une gigantesque mine de lithium prévue dans l’Allier suscite de vifs débats. Si le projet se présente « pour la transition », nombreux sont ceux qui en dénoncent le caractère anti-écologique. Nous avons demandé son éclairage à Celia Izoard, autrice de La Ruée minière au XXIe siècle (Éditions du Seuil, 2024).


 

Le projet de grande mine de lithium dans l’Allier est présenté comme un projet “écologique”, “pour la transition”. Qu’en pensez-vous ?

Celia Izoard : Pour penser que cette production en masse de lithium et de batteries électriques puisse être une solution à la catastrophe climatique, il faut raisonner à un très haut niveau d’abstraction – il faut être un fervent adepte de la religion de la technologie. Car dans les faits, la production de lithium est très polluante et émettrice de CO2, comme la production de cobalt, de manganèse ou de nickel pour les batteries. Et elle sert majoritairement à produire des objets inutiles : des SUV, des gadgets électroportatifs, des drones. L’électrification ne pourrait nous aider à décarboner les transports que dans des conditions très particulières : bannir les véhicules de plus d’une tonne, développer réellement les transports en commun, lutter contre les transports inutiles. Tant que ces conditions ne sont pas réunies, une mine de lithium n’est qu’une source supplémentaire d’émissions de CO2 et de pollution.

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Donc l’appellation de “mines pour la transition” est hypocrite ?

L’industrie minière est réputée la plus toxique et la plus émettrice de CO2. On ne peut pas d’un coup de baguette magique la transformer en moyen de sauver la planète. Aujourd’hui, par exemple, aucune mine, aucune fonderie ne peuvent fonctionner à l’énergie renouvelable. On a au contraire une symbiose extrêmement étroite entre les fossiles et l’extraction minière. C’est indissociable. Regardez le projet minier prévu dans l’Allier : il nécessiterait de construire de toutes pièces un site d’extraction, avec des galeries, plus trois usines, plus une ligne haute tension. Dans l’usine métallurgique où le minerai serait calciné, un seul four consommerait autant d’énergie que les besoins domestiques de 67 000 personnes en France ! C’est un four qui fonctionne au gaz – et qui ne peut fonctionner autrement. Les déchets miniers sont un problème tout aussi structurel : pour extraire une substance présente à 1% dans un gisement (pour le lithium) ou à 0,5% (pour le cuivre), on génère nécessairement une quantité gigantesques de déchets souvent toxiques. Dans l’Allier, on anticipe 2 millions de tonnes par an. Qu’en fait-on ? Il n’y a pas d’endroit où l’on peut les entreposer sans risquer de polluer les eaux. Le projet de « transition » dans lequel nous sommes embarqués est donc très dangereux, puisqu’il repose sur l’augmentation exponentielle de l’industrie la plus polluante que nous connaissions. Il revient à démultiplier la production de métaux pour électrifier le système énergétique en pleine croissance, tout en continuant à alimenter en métaux les autres industries : l’armement, le numérique, etc. L’Institut géologique de Finlande a montré que pour électrifier 1,4 milliards de voitures, il fallait 156 fois la production mondiale de lithium, 51 fois la production de cobalt, 119 fois la production de graphite, etc. Juste pour les véhicules ! On ne parle pas de l’ensemble des énergies renouvelables, ni de la demande en métaux des autres secteurs. Ce sont des chiffres colossaux. Ce n’est pas viable. Soit ça implique une ruée d’un violence inouïe – destruction de milieux naturels, conflits d’usage majeurs. Soit ça prend un siècle, et ça ne répond pas à l’urgence de baisser les émissions.

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