International
Pologne : “Le paradoxe, c’est que la loi anti-IVG n’est pas du tout soutenue par la population”
Cracovie (Pologne), le 26 janvier 2022. Des manifestantes brandissent un portrait d’Agnieszka T., décédée suite à l’application de la loi polonaise de 2021 qui réduit drastiquement les possibilités d’avortement. © Beata Zawrzel/NurPhoto/AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Mardi 25 janvier, une femme polonaise de 37 ans, Agnieszka T., est morte à cause de la législation du pays qui interdit l’avortement dans tout autre cas que le viol, l’inceste ou un danger de mort imminent pour la femme enceinte : les médecins ont refusé d’extraire de son ventre l’un de ses jumeaux qui était mort, par peur de nuire à l’autre fœtus. Le sociologue Jan Sowa explique ce qui se joue actuellement dans ce pays, où une « minorité ultra-conservatrice » semble imposer ses règles à l’ensemble de la population.
Comment se fait-il que plusieurs hôpitaux publics aient laissé Agnieszka T. souffrir pendant des semaines, puis mourir, sans l’assister ?
Jan Sowa : On ne connaît pas tous les détails de la tragédie d’Agnieszka, et en l’absence d’une enquête, nous n’avons que les récits de la famille et des médecins concernés. En Pologne, les cas où l’avortement est autorisé sont, depuis le mois de janvier 2021, très limités : aux seuls cas où il y a eu viol, inceste, ou bien où la femme enceinte est en danger de mort. Si bien que la trisomie 21 et les autres maladies héréditaires, pas plus que les malformations fœtales, ne sont reconnues comme des motifs pour une interruption médicale de grossesse (IMG) ; pis encore, quand une femme porte un fœtus dont on sait qu’il ne sera pas viable, elle est contrainte de mener sa grossesse jusqu’au bout, ce qui est évidemment traumatisant. Dans le cas d’Agnieszka, le danger de mort aurait probablement dû être invoqué, mais les médecins semblent avoir craint d’enfreindre la loi. Il y a eu d’autres cas semblables, au moins deux ou trois, au cours de l’année 2021. Le paradoxe, c’est que la législation anti-avortement n’est pas du tout soutenue par la population ; d’après les sondages, seuls 13% des Polonais sont d’accord avec cette réforme.
“En Pologne, il n’y a officiellement qu’environ 1 000 avortements par an dans le pays. Plusieurs enquêtes montrent que le chiffre réel se situe entre 100 000 et 200 000“