Le distinguo

Les adversaires de l’avortement sont-ils conservateurs ou réactionnaires ?

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Washington D.C. (États-Unis), le 24 juin 2022. Des manifestants anti-avortement se rassemblent devant la Cour suprême des États-Unis pour célébrer la suppression du droit constitutionnel à l’avortement. “L’avenir est contre l’avortement” et “Je suis la génération post-Roe”, peut-on lire sur certaines pancartes

Washington D.C. (États-Unis), le 24 juin 2022. Des manifestants anti-avortement se rassemblent devant la Cour suprême des États-Unis pour célébrer la suppression du droit constitutionnel à l’avortement. “L’avenir est contre l’avortement” et “Je suis la génération post-Roe”, peut-on lire sur certaines pancartes. © Jeff Malet/Newscom/Sipa

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La décision de la Cour suprême américaine de revenir sur le droit à l’avortement relève-elle d’une attitude conservatrice ou d’une posture réactionnaire ? Réponse par un retour aux Lumières françaises et anglaises, où ces deux courants politiques se sont dessinés.

 

On a beaucoup entendu parler, à la suite des décisions successives de la Cour suprême américaine entérinant le droit à porter une arme et, surtout, complexifiant sérieusement celui à avorter, d’un tour de vis conservateur. Les conservateurs jubileraient devant ces choix de société, portés par des juges nommés par Donald Trump et eux-mêmes qualifiés d’ultra-conservateurs. Mais ce qualificatif est-il le bon ? Ne serait-il pas plus juste d’utiliser un autre vocable – celui de réactionnaire – pour désigner ces formes de retour en arrière ? Nous faisons le point en revenant à la généalogie de ces deux notions, au lendemain de la Révolution française.

Lumières françaises, Lumières britanniques

Qu’est-ce que le conservatisme ? Qu’est-ce que la réaction ? Au quotidien, nous avons, semblerait-il, une propension à confondre et rendre ces deux termes interchangeables. À première vue, le conservateur, comme le réactionnaire, sont des individus classés à droite, qui entendent préserver un certain ordre moral auquel ils sont attachés, quitte à chercher à y revenir si celui-ci se trouve mis à mal. Historiquement, l’apparition des deux courants se confond d’ailleurs : l’un comme l’autre n’existent que par opposition à la Révolution française. Les conservateurs sont alors ceux qui regardent d’un œil critique le renversement opéré par les révolutionnaires de 1789, qui ont détruit manu militari la société d’Ancien Régime, aboli les privilèges, proclamé les droits de l’homme et mis un terme à la monarchie. Louis de Bonald, Joseph de Maistre dans un premier temps, Charles Maurras plus tard… les premiers conservateurs et leurs successeurs sont, en France, des adversaires acharnés du nouveau système en place. Attachés à la monarchie absolue et aux caractéristiques de l’Ancien Régime, ennemis des Lumières, ils souhaitent revenir à l’ordre ancien. À proprement parler, les premiers conservateurs français sont donc… réactionnaires.

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