Nécrologie

Mort du philosophe Roger Scruton

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Mort du philosophe Roger Scruton

Roger Scruton (cc) Pete Helme / Wikimedia Commons

Le philosophe britannique et représentant anglais du conservatisme philosophique Roger Scruton est mort à l’âge de 75 ans, le 12 janvier.

« Être conservateur est une manière particulière d’être. Le tempérament conservateur revendique sa part dans toutes les activités humaines : dans les arts, la musique, la littérature, la science et la religion », écrit Roger Scruton dans Conservatisme (Albin Michel, 2018). Le philosophe britannique, connu outre-Manche pour ses éloges du conservatisme politique, de l’opéra et du vin, est mort le 12 janvier 2020, à l’âge de 75 ans. 

Né le 27 février 1944, il étudie la philosophie à Cambridge, devient le représentant du conservatisme anglais et un spécialiste d’esthétique, auteur d’une thèse de doctorat à l’université de Cambridge qui donne la matière de son premier livre: Art and Imagination, publié en 1974. Directeur de la revue politique droitière Salisbury Review, il a enseigné dans diverses universités au Royaume-Uni et à l’étranger, notamment à Cambridge, au Birkbeck College à Londres et à Boston. Mais il participe aussi à la création d’universités clandestines et de réseaux éducatifs dans l’Europe centrale, durant la guerre froide, pour lutter contre l’emprise soviétique.

Auteur d’un cinquantaine d’ouvrages dont plusieurs traduits en français, Roger Scruton s’inspire de la morale aristotélicienne, attaché à la définition du Bien, et du philosophe libéral Edmond Burke, pour fonder son conservatisme philosophique, auquel il dit avoir été converti, alors qu’il résidait dans l’Hexagone, en réaction à Mai-68. Il en donne sa définition dans Conservatisme (Albin Michel, 2018) : « Le conservatisme moderne a d’abord défendu la tradition contre les demandes de souveraineté populaire. Au nom de la religion et de la haute culture, il s’est opposé à la doctrine matérialiste avant de s’associer au libéralisme classique dans la lutte contre le socialisme. Aujourd’hui, tentant de se redéfinir, il apparaît comme le meilleur défenseur de la culture occidentale menacée par deux ennemis en particulier: le politiquement correct qui contraint la liberté d’expression et ramène tout à la culpabilité de l’Occident, et l’extrémisme religieux, l’islamisme militant notamment, promu par les sectes wahhabites et salafistes. Malgré ses transformations, le conservatisme garde pourtant les traces de ses origines: sa conviction que le bien est plus facilement détruit que créé, sa détermination à sauvegarder ce bien face aux changements orchestrés par le pouvoir politique. »

Francophile, amateur de vin, auteur de livrets d’opéra, il est réputé pour sa plume et son style acerbes. Le philosophe en fait une nouvelle fois la démonstration dans le dernier ouvrage paru en français, l’an dernier : L’Erreur et l’Orgueil. Penseurs de la gauche moderne (L’Artilleur, 2019), en moquant les errements de la pensée de gauche, l’imposture de Lacan, la « machine à non-sens » de Deleuze, les hésitations d’Habermas, le jargon de Badiou… bref, pointant « l’erreur et l’orgueil » de la gauche intellectuelle. Et invitant à la réaction ?