Société
Pourquoi la vision de Notre-Dame en flammes nous fascine-t-elle ?
Tandis que Notre-Dame brûle, les Parisiens et les badauds s’assemblent alentour, dans une fascination mêlée de terreur. Les photographes en tirent des clichés beaux dans l’effroi. Les beffrois de la cathédrale menaçent de s’effondrer et la « forêt », cette charpente quasi millénaire, part en flammes.
Nous avons toutes les raisons de détourner le regard. Et pourtant, nous sommes retenus par l’étonnement, un « état de l’âme dans lequel tous ses mouvements sont suspendus par quelque degré d’horreur », comme l’écrit le philosophe irlandais Edmund Burke (1729-1797), dans sa Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau.
Cet étonnement est l’effet supérieur de ce qu’il appelle le « sublime ». Le sublime n’a rien à voir avec le beau. Il naît de phénomènes puissants et menaçants, qui nous dépassent par leur immensité et suscitent la terreur, sans que nous éprouvions physiquement le danger.
« Tout ce qui est propre à exciter les idées de la douleur ou du danger ; c'est-à-dire tout ce qui est en quelque sorte terrible, tout ce qui traite d’objets terribles, tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source du sublime », écrit-il.
Et le philosophe anglais d’imaginer la destruction de Londres : « je ne pense pas qu’il existe un homme assez scélérat pour désirer qu’elle fût dévorée par un incendie, ou renversée par un tremblement de terre, quoiqu’assuré d’être lui-même à l’abri de tout danger. Mais supposons ce funeste accident arrivé, quelle foule accourrait de toutes parts pour contempler ses ruines ».
Est-ce pour éprouver cette grandeur mâtinée d’horreur, parce que « nous jouissons à voir des choses que, bien loin de les occasionner, nous voudrions sincèrement empêcher », que nous avons été si nombreux à nous abîmer dans la vision désastreuse de Notre-Dame en flammes ?