France / Société
Notre-Dame, le chef-d’œuvre inachevé
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Qu’a réveillé en nous l’incendie de Notre-Dame ? Selon Hegel, la cathédrale est le sommet de l’architecture, car la matière s’y fait esprit. Elle manifeste un élan, qui fait d’elle un édifice toujours en construction.
Pourquoi l’incendie de Notre-Dame de Paris a-t-il soulevé une telle émotion ? Pour le comprendre, lisons les cours d’esthétique de Hegel, prononcés entre 1818 et 1829. La cathédrale gothique constitue pour lui un sommet artistique. Elle synthétise et dépasse les deux grandes figures antérieures de l’histoire de l’architecture que sont la pyramide égyptienne et le temple grec. Elle réussit le miracle de donner à la matière une dimension subjective et spirituelle. La pyramide égyptienne n’est, elle, que symbolique : elle présente une « grandeur colossale », mais avec sa forme simple et régulière, pesamment posée sur le sol, elle ne présente « rien d’attachant ». Elle ne sert à rien d’autre qu’à rester éternellement fermée au-dessus d’un tombeau. Par contraste, le temple grec, dans l’architecture classique, propose des dimensions plus équilibrées, plus en harmonie avec l’homme qui le contemple ou y pénètre. Imprégné de calculs mathématiques, il atteint la « juste mesure », avec ses proportions parfaites. Il développe également une signification religieuse plus riche, puisqu’il est dédié à un dieu et sert souvent d’écrin à une statue. Mais la dimension spirituelle du temps grec reste limitée : il ne s’élève pas bien haut, restant lié à la taille humaine ; il demeure attaché à se présenter dans sa totalité ; il vise avant tout la beauté objective.