Le jargon décrypté
C’est quoi l’“acrasie” ?
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Parfois, le vocabulaire de la philosophie est obscur. Nous vous aidons à y voir plus clair.
Formé à partir du grec kratos, « puissance », et du préfixe privatif « a », le terme désigne littéralement l’« impuissance ». Appelée aussi « faiblesse de la volonté », l’acrasie désigne une situation paradoxale : nous savons ce que nous devrions faire… mais ne le faisons pas. C’est le cas pour ceux qui ne parviennent pas à s’arrêter de fumer ou à perdre de l’argent au jeu.
La question a divisé Platon et Aristote. Dans le Protagoras, Socrate affirme que nul ne commet jamais le mal volontairement, si bien qu’il y a dans l’acrasie un problème de connaissance imparfaite des choses – je continue à fumer car je trouve que le plaisir est grand et le risque faible. Mais, dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote soutient que le problème ne réside pas dans un défaut de connaissance mais tient à la difficulté que nous avons à passer de la théorie ou des principes abstraits à l’action.
Plus près de nous, Sigmund Freud propose, notamment dans Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), une autre approche de l’acrasie, en montrant que notre moi n’a pas l’unité que nous lui supposons et que nos décisions conscientes sont sans cesse mises en ballottage par nos désirs inconscients.