Les philosophes face à la Commune
Les socialistes et la Commune en six extraits
Le Conseil de la Commune (Charles Delescluze, Félix Pyat, Les Hommes de la Commune de Paris, 1870, gravure de J. Robert de 1870). © Bianchetti/Leemage
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La Commune de Paris est sans nul doute la grande révolte prolétarienne du XIXe siècle. Que pensèrent de cet événement inédit les grandes figures intellectuelles de l’époque ? Suite de notre tour d’horizon des philosophes face à la Commune : après les marxistes et les anarchistes, aujourd’hui, les radicaux et les socialistes. Florilège de leurs analyses, en six extraits.
Benoît Malon (1841-1893) : “Cet état d’ordre parfait sans police”
« On voyait là des hommes sachant ce qu’ils voulaient, et décidés à tout tenter pour la réussite. Ils avaient été singulièrement soutenus par le concours de la population ouvrière, qui, n’entrant pas dans les craintes trop politiques des révolutionnaires théoriques, ne voyait que le côté révolutionnaire de la situation et se jetait dans le mouvement sans en craindre les conséquences, avec une abnégation héroïque. Dans ces jours d’enthousiasme, il n’y eut pas un attentat contre les personnes, pas une rixe. Cet état d’ordre parfait sans police était tel, qu’un journal de la révolution, le Vengeur, pouvait s’écrier avec vérité “Quel changement ! quelle amélioration ! Plus de Bonaparte plus de Troppmann ! Pas un meurtre, pas un vol, pas un corps à la morgue, pas une bourse au greffe. La cour d’assises est vide comme le Louvre !” »
Benoît Malon, La Troisième Défaite du prolétariat français (1871)
Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901) : « L’avènement graduel, irrésistible, des classes laborieuses est le fait culminant du XIXe siècle »
« “L’Histoire de la Commune a été escamotée”, dit Michelet pour la Révolution hrançaise. L’histoire de la Commune de 1871 a été fabriquée par les escamoteurs. Méconnaître ou haïr la classe qui produit tout est la caractéristique actuelle d’une bourgeoisie jadis grande, qu’affolent aujourd’hui les révolutions d’en bas. Celle du 18 mars 1871 est la plus haute marée du siècle, la plus étonnante manifestation de cette force populaire. […] Ce flot révolutionnaire court, ininterrompu, dans notre histoire, tantôt au grand jour, tantôt souterrain, comme ces fleuves qui s’abîment soudainement dans les gouffres ou les sables, pour reparaître bien plus formidables au soleil étonné. Je vais en dire la dernière éruption, et des lacs de boue dégager les eaux vives. […] L’avènement graduel, irrésistible, des classes laborieuses est le fait culminant du XIXe siècle. En 1830, en 1848, en 1870, le peuple escalade l’Hôtel de Ville pour le céder presque aussitôt aux subtiliseurs de victoires ; en 1871, il y reste, refuse de le rendre, et, pendant plus de deux mois, administre, gouverne, mène au combat la cité. Comment, par qui il fut encore précipité, il faut qu’il le sache, il peut l’entendre dire, être patient devant la vérité, puisqu’il est immortel. »