Édito

Chercheurs d’enfance

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Chercheurs d’enfance

© Micaël pour PM

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Tous les enfants aiment les hommes préhistoriques. Les enfants apprécient aussi les petits animaux, les chats, les chiens et les dinosaures. Mais, d’après mes observations en tout cas, le goût pour l’animalité s’exprime plus tôt, dès un an et demi. Les dinosaures s’imposent à l’imaginaire autour de 4 ou 5 ans, à l’époque de la peur du noir et des cauchemars. Le goût pour les hommes préhistoriques suit, qui coïncide avec l’âge de raison. Vers 6-7 ans, on est heureux de rêver cette vie au grand air, ces guerres pour la maîtrise du feu, ces chasses au mammouth, ces tailles de silex et ces dessins à mains nues trempées dans des pigments sur les parois des grottes…

Pourquoi cette curiosité pour l’aube de l’humanité, à un âge où l’on n’a pas encore acquis le sens de l’Histoire, qui suppose davantage d’expérience et de connaissances ? Je risquerais une explication très simple : vers 6-7 ans, les enfants doivent justement faire le saut de la préhistoire dans l’Histoire, puisque c’est l’époque de l’acquisition de l’écriture. C’est au moment où l’on vous enseigne à composer des mots à l’aide de lettres, où vous accédez à un déchiffrement malhabile, que vous vous tournez vers Cro-Magnon et Neandertal, en qui vous voyez des alliés, des frères. Quand j’étais petit, en marge des cours du CP et du CE1, il m’arrivait de passer des heures le nez plongé dans les illustrations d’un album de la série La Vie privée des hommes. J’y découvrais que les hommes préhistoriques fabriquaient des pièges géants, pratiquaient la chirurgie et la lobotomie ou éloignaient les bêtes sauvages en entretenant des brasiers.

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