Génération Covid ?

Tom Chevalier : “Chez les jeunes, la crise sanitaire a prolongé l’état d’enfance”

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Manifestation contre la précarité étudiante à Lyon le 21 janvier 2021. Entre 700 et 2000 étudiants ont défilé à Lyon pour défendre les conditions de vies et d’études en période de Covid

Manifestation contre la précarité étudiante à Lyon le 21 janvier 2021. Entre 700 et 2000 étudiants ont défilé à Lyon pour défendre les conditions de vies et d’études en période de Covid. © Maxime Jegat/Le Progrès/Maxppp

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Précarité matérielle, désarroi psychologique… La crise sanitaire a profondément affecté la vie des adolescents et des jeunes adultes, au point que certains parlent d’une « génération Covid ».  Tom Chevalier, chercheur au CNRS et co-auteur, avec Patricia Loncle, d’Une jeunesse sacrifiée ? (PUF, 2021), explique ici ce qui a changé concrètement dans la manière de vivre ce moment particulier de la vie – et montre que tous les jeunes n’ont pas été touchés de la même manière.

 

Pourquoi la crise sanitaire affecte-t-elle tout particulièrement la jeunesse ?

Tom Chevalier : La jeunesse correspond à un temps d’expérimentations, de socialisation progressive, durant lequel on franchit plus ou moins rapidement les étapes qui marquent l’entrée dans l’âge adulte. En sociologie, ce seuil est marqué par l’accès à l’emploi, le départ du foyer parental, le premier enfant, l’installation en couple. La transition se fait souvent par étapes, avec des retours en arrière possibles, un « yo-yo ». Cela a des conséquences matérielles et subjectives. Côté matériel, la jeunesse est une période où les ressources financières sont un enjeu important : pas encore complètement stabilisé sur le marché du travail, vous vivez avec un salaire insuffisant, et, si vous faites des études, vous êtes complètement dépendant de vos parents, puisque les aides publiques à la jeunesse sont faibles en France. Les ressources financières sont donc un enjeu pour les jeunes, ce qui peut avoir des effets en termes de précarité et de pauvreté. Côté subjectif, c’est plus paradoxal. Si la précarité financière est élevée, on observe en général des niveaux de bien-être eux aussi assez élevés, liés à la socialisation progressive au statut d’adulte et aux expérimentations – on découvre l’enseignement supérieure, on quitte petit à petit le foyer familial, on fait des expériences amoureuses et sexuelles… Le bien-être ressenti peut donc être en total décalage avec le niveau de précarité matérielle. La période de crise sanitaire a fait voler en éclats ce décalage. À la place se sont installées les « limbes de l’enfance », soit un prolongement indéterminé de l’âge de l’enfance. Avec le Covid, plus que les enjeux économiques et sociaux, ce sont les enjeux sanitaires qui ont eu le plus fort impact sur le moral des jeunes. Au fond, les questions de précarité étaient déjà là, même si la crise sanitaire a pu les creuser – de ce point de vue-là, la crise économique de 2008 a été plus violente. Mais les enjeux sanitaires, avec toutes les contraintes de couvre-feu, de confinement, de distanciation sociale, ont rompu et rendu presque impossible l’âge des expérimentations, le fait de pouvoir se rendre dans les lieux de sociabilité comme les bars, les concerts, les festivals.

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