Le livre du jour
La jeunesse, grande oubliée des politiques ?
© Éditions du Seuil
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Dans un court essai documenté et pertinent, le sociologue Camille Peugny invite à repenser notre conception politique, et philosophique, de la jeunesse, à laquelle pourrait s’adosser une réelle politique de soutien aux jeunes générations. Car il est temps que la société française vieillissante permette à ses enfants d’être véritablement jeunes.
Si nous mesurons, comme le proclamait Pierre Bourdieu dès la fin des années 1970, que « la jeunesse n’est qu’un mot », tant elle est sociologiquement multiple, hétérogène, traversée par de nombreux clivages liés à l’origine sociale, ethnique, le genre ou le lieu de résidence, elle n’en constitue pas moins une catégorie sociale aux enjeux partagés. À défaut d’être un mot, elle est surtout un moment de l’existence qui fait l’objet de politiques publiques spécifiques depuis des décennies.
Mais pourquoi les politiques semblent-ils aujourd’hui autant dépassés par la question de la jeunesse, au point de ne pas savoir l’accompagner, la soutenir, voire la comprendre ? Des popstars comme Stromae et Orelsan sondent mieux que les politiques les affres de la jeunesse, constatent tous les observateurs de la campagne présidentielle ! C’est à ce décalage (et à ce scandale) démocratique que s’attache le sociologue Camille Peugny dans son nouvel essai, Pour une politique de la jeunesse (Éditions du Seuil, 2022), qui prolonge un patient travail de recherche sur la question, déployé depuis plusieurs années – voir Le Déclassement (Grasset, 2009) et Le Destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale (Éditions du Seuil, 2013).
Une jeunesse abandonnée
Si la diversité de la jeunesse fragilise l’usage de l’expression rituelle « génération sacrifiée », Camille Peugny met pourtant en avant l’existence de pans entiers de la jeunesse réellement sacrifiés. Ce qui caractérise les jeunes générations, pas si différentes par ailleurs des autres cohortes nées à partir des années 1950 du point de vue des valeurs et aspirations, c’est « une précarisation accrue des conditions dans lesquelles s’effectue leur entrée sur le marché du travail ».