L'oeil et l'esprit
Circulez, tout est à voir
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Cet article est issu du numéro 9 de Philosophie magazine « 9 - mai 2007 », en kiosque le 26 avril 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Jean Baudrillard voit dans l’architecture du centre Georges-Pompidou, qui dévoile sa structure et ses tuyaux, un symbole du monde moderne : la circulation des signes, fonctionnant en système autonome, a scellé la mort de la culture authentique.
« Notre-Dame-de-la-Tuyauterie » pour certains, « raffinerie » pour d’autres, « Beaubourg » pour la majorité des Parisiens, qui l’ont adopté malgré le scandale initial : le bâtiment construit par Renzo Piano et Richard Rogers entre 1972 et 1977 en plein cœur du vieux Paris n’a laissé personne indifférent. Depuis qu’on a pomponné ses poutrelles, nettoyé ses vitres, repeint ses tuyaux de couleurs pimpantes, tous les yeux se lèvent à nouveau vers ses flancs de verre et d’acier, vers son ciel de tubes bleus. Et l’esprit se prend à songer.
Jean Baudrillard trouve dans cette architecture la confirmation de ses intuitions sur la société postmoderne. Il en tire, dès 1977, la matière d’un essai, L’Effet Beaubourg (Galilée), et y revient ensuite dans son dialogue avec Jean Nouvel[1]. Il rappelle les mots d’ordre qui ont présidé à la conception de l’édifice : visibilité, transparence, polyvalence. De fait, tout ce qui était traditionnellement caché, -gaines techniques, escaliers, passerelles, les parties intimes du bâtiment, est exhibé joyeusement à l’extérieur : conduites bleues pour l’air, conduites -vertes pour les fluides, jaunes pour les câbles électriques, rouges pour les dispositifs anti-incendie. Du coup, l’intérieur se vide, se prêtant d’autant mieux à la polyvalence que les cloisons mobiles permettent d’aménager librement les vastes plateaux à chaque étage. Quant aux parois de verre, elles livrent le contenu du bâtiment aux regards.