Extrait
La station de ski selon Jean Baudrillard
Restaurant panoramique, le Pardorama, situé à 2642 mètres d'altitude dans la station de sports d’hiver d’Ischlg (Autriche). © ISA HARSIN/SIPA
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Quand la ville devient un drugstore, un centre commercial, c’est, pour Jean Baudrillard, le signe le plus évident de l’avènement de la société de consommation. Du « shopping-center » de Parly 2 aux aéroports internationaux en passant par Disneyland, le philosophe explore ces nouveaux temples de la dépense et du désir. Et s’arrête, au cours de sa réflexion, sur les stations de ski.
« La moindre station de sports d’hiver reprend ce modèle “universaliste” du drugstore : toutes les activités y sont résumées, systématiquement combinées et centrées autour du concept fondamental d’“ambiance”. Ainsi Flaine-la-Prodigue vous offre tout en même temps une existence totale, polyvalente, combinatoire : “… Notre mont-Blanc, nos forêts d’épicéas – nos pistes olympiques, notre “plateau” pour enfants – notre architecture ciselée, taillée, polie comme une œuvre d’art – la pureté de l’air que nous respirons – l’ambiance raffinée de notre Forum (à l’instar des cités méditerranéennes… C’est là que s’épanouit la vie au retour des pistes de ski. Cafés, restaurants, boutiques, patinoires, night-club, cinéma, centre de culture et de distractions sont réunis sur le Forum pour vous offrir une vie hors ski particulièrement riche et variée) – notre circuit intérieur de télévision – notre avenir a l’échelle humaine (bientôt, nous serons classés monument d’art par le ministère des Affaires culturelles).”
Nous sommes au point où la “consommation” saisit toute la vie, où toutes les activités s’enchaînent sur le même mode combinatoire, où le chenal des satisfactions est tracé d’avance, heure par heure, où l’“environnement” est total, totalement climatise, aménagé, culturalisé. Dans la phénoménologie de la consommation, cette climatisation générale de la vie, des biens, des objets, des services, des conduites et des relations sociales représente le stade accompli, “consommé”, dans une évolution qui va de l’abondance pure et simple, à travers les réseaux articulés d’objets, jusqu’au conditionnement total des actes et du temps, jusqu’au réseau d’ambiance systématique inscrit dans des cités futures que sont les drugstores. »