Un classique éclaire le présent

Jean Baudrillard dans l’enfer des stations de ski

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Jean Baudrillard dans l’enfer des stations de ski

© Pixabay

« Les stations de ski pourront rouvrir durant la période des fêtes de fin d’année » : l’espace d’un instant, une lueur d’espoir s’est allumée dans la tête des inconditionnels des sports d’hiver. Un espoir immédiatement douché : « mais les remontées mécaniques devront rester fermées », s’est en effet empressé de préciser le Premier ministre, Jean Castex, le jeudi 26 novembre. Comble de l’absurde, cette décision qui cherche à tout prix à ménager la chèvre et le chou a suscité d’innombrables moqueries sur les réseaux sociaux. À raison, sans doute : qui va débourser des centaines d’euros pour rester dans un village de montagne ? 

Dans La Société de consommation (1970), Jean Baudrillard livrait de la station de ski une vision apocalyptique qui ne donnerait à personne l’envie d’y mettre les pieds s’il n’avait pas l’assurance de pouvoir s’en échapper en gagnant la solitude des sommets : « La moindre station de sports d’hiver reprend [le] modèle “universaliste” du drugstore : toutes les activités y sont résumées, systématiquement combinées et centrées autour du concept fondamental d’“ambiance”. […] Nous sommes au point où la “consommation” saisit toute Ia vie, où toutes les activités s’enchaînent sur Ie même mode combinatoire, où Ie chenal des satisfactions est tracé d’avance, heure par heure, où l’“environnement” est total, totalement climatisé, aménagé, culturalisé. » 

Pour Baudrillard, la station de ski mène la société de consommation à un point de perfection rarement atteint. Le visiteur n’a plus qu’à se laisser porter par les instances qui prennent en charge son désir. Difficile d’imaginer que les Français se précipitent sur ces drugstores de montagne si on leur interdit, en même temps, de s’en évader vers les sommets. 

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