Dossier/De la fin de la démocratie

Claudia Rankine : arrêts sur image

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Claudia Rankine

Claudia Rankine. © Elizabeth Weinberg/The New York Times/Redux/Réa

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Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Autrice d’un recueil de poèmes, Citizen, qui décrit le racisme ordinaire aux États-Unis et a remporté un vaste succès public et critique, Claudia Rankine part toujours d’histoires vécues. Nous l’avons invitée à s’exprimer sur plusieurs formes de violences présentes sur le sol américain : les armes à feu, la domination blanche et le régime des peines de prison. 

 

© Ashley Gilbertson/The New York Times/Redux/Réa
Un Américain devant des fusils semi-automatiques de type AR-15 lors d’une convention de la National Rifle Association (NRA), à Dallas (Texas), au mois de mai 2018. © Ashley Gilbertson/The New York Times/Redux/Réa

Des citoyens en arme

« Les armes à feu sont en vente libre aux États-Unis, mais leur possession n’est pas racialement neutre. Dans l’imaginaire dominant, un Blanc armé d’un revolver est un honnête père de famille qui protège son foyer. Un Noir armé est, au contraire, sans doute membre d’un gang, un “superprédateur”, comme l’a dit Hillary Clinton. C’est pourquoi la police agit très différemment et a tendance à tirer quand elle est face à un Noir armé, alors qu’elle va considérer le Blanc armé comme son allié. Les cas de tirs sans sommation sont innombrables 

Je pense à Renisha McBride, une jeune femme noire de 19 ans. Sa voiture tombe en panne dans une rue de Détroit, elle sonne à une maison voisine pour demander de l’aide et est abattue par son occupant blanc, Theodore Wafer, lequel n’a même pas cherché à savoir qui elle était ni ce qu’elle faisait là. Il y a encore le cas d’Amber Guyger, une policière blanche de Dallas qui, en rentrant dans son immeuble la nuit, s’est trompée d’étage, est entrée par erreur dans l’appartement d’un homme noir et lui a tiré dessus dans son lit, en plein sommeil. Lors de son procès, son explication était qu’elle avait cru voir un homme noir chez elle – sa réaction lui paraissait plus ou moins justifiable.

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