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CNews et “Le Figaro” sont-ils les garants de la liberté d’expression ?

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Slogans publicitaires actuels de la chaîne CNews et du journal “Le Figaro”

Slogans publicitaires actuels de la chaîne CNews et du journal “Le Figaro”. © PM

Et si CNews et Le Figaro étaient les derniers bastions de la liberté d’expression ? C’est du moins ce que la chaîne d’information télévisée et le quotidien papier cherchent à faire croire, à en juger par leur dernière campagne de publicité lancée presque simultanément ces dernières semaines, et qui ont pour point commun de les présenter comme des espaces préservés où l’on peut s’exprimer librement. « Venez avec vos convictions, vous vous ferez une opinion », clame l’une, là où l’autre explique qu’« être libre de s’exprimer, c’est être libre de penser ». Mais que signifient précisément ces deux formules ? Décryptage.

 

  • Se prémunir du danger de totalitarisme intellectuel ? Au premier abord, le message véhiculé par les deux médias – classés politiquement à droite – semble ne rien comporter de nouveau : tous deux dénoncent implicitement l’idéologie du centre-gauche, faite de bons sentiments humanistes et moralisateurs, ou plus exactement la domination que celle-ci exercerait dans les médias. Quelle que soit la façon dont on la désigne, le « politiquement correct », la « pensée unique », la « bien-pensance » ou, plus récemment, le mouvement « woke », cette idéologie menacerait la pluralité des opinions et empêcherait tout point de vue différent de s’exprimer. Et CNews de s’interroger ainsi sur ses affiches, dans une autre déclinaison de sa série d’accroches publicitaires : « La liberté d’expression est-elle une espèce en voie de disparition ? » 
  • Transformer des convictions en opinions : la pierre philosophale. Le slogan adopté par la chaîne d’information continue sonne presque comme une réponse à la question posée : « Venez avec vos convictions, vous vous ferez une opinion ». L’ambition de la chaîne CNews consisterait, à l’en croire, à nous donner les moyens de nous forger une opinion. Jusque-là, rien de surprenant. Ce qui l’est davantage, c’est que cette opinion est mise en balance avec des convictions présentées comme premières, puisque ce sont avec elles qu’on « vient », qu’on amène avec soi. Seront-elles échangées contre l’opinion avec laquelle on « repart », à la manière d’un troc ? Il semble plutôt que CNews propose de nous donner les moyens de transformer nos convictions en opinions, comme la pierre philosophale était censée changer le plomb en or. Mais quelle est la différence entre des convictions et une opinion, et quel est le rôle d’une chaîne de télévision dans ce dispositif ? On peut espérer qu’avec l’aide des éditos et des débats, l’opinion qu’on se fait sera plus réfléchie que nos opinions disparates et spontanées qui pourraient bien n’être rétrospectivement que des préjugés. Ce qui n’est pas sans paradoxe, puisque ces convictions premières auront servi à alimenter l’opinion finale, qui risque de s’en trouver tributaire. Pire : CNews s’adresse à ceux qui sont déjà convaincus, même si la nature de ces convictions n’est pas précisée. La neutralité n’est pas permise – et ceux qui doutent sont rarement invités.
  • Liberté d’expression et liberté de penser. Le slogan retenu par Le Figaro pour sa campagne, « être libre de s’exprimer, c’est être libre de penser », est également intrigant, puisqu’il assimile la liberté d’expression et la liberté de penser. Les deux choses sont pourtant a priori distinctes, comme Spinoza l’établit clairement dans le chapitre XX de son Traité théologico-politique (1670) : pour le philosophe hollandais, notre liberté de penser est une sorte de forteresse imprenable, qui est au pouvoir de chaque individu et qu’il serait vain de prétendre réguler de l’extérieur, tandis que la liberté d’expression relève du pouvoir politique, qui peut la restreindre ou non selon son bon vouloir. Mais le slogan du Figaro se situe hors du champ proprement politique. En identifiant liberté de s’exprimer et liberté de penser, il cherche surtout à disqualifier les opinions quand elles sont exprimées à tort et à travers, de manière irréfléchie, autrement dit quand elles ne reposent pas sur une véritable pensée. L’objectif poursuivi semble être de de renvoyer à leur néant les réseaux sociaux qui pourraient (à tort) apparaître comme les nouveaux lieux où toutes les opinions peuvent s’exprimer librement… Mais est-ce une nouvelle manière de redéfinir ce qu’est un journal d’opinion ?
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Libertarianisme