Combo. Le maître de la disruption
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Cet article est issu du numéro 89 de Philosophie magazine « Peut-on être heureux sans travailler ? », en kiosque le 23 avril 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
[L’Exposition Coexist de Combo est à voir à l’Institut du Monde arabe du 7 janvier au 6 mars 2016] Agressé dans le Paris post-Charlie pour avoir placardé le slogan « Coexist » qui détourne les symboles des trois monothéismes, cet adepte de la rupture affirme tout le potentiel subversif du street art.
Zone interdite de Tchernobyl. Dans un hall lépreux, une affiche collée. Elle montre deux statues de l’île de Pâques dressées contre un coucher du soleil. Le slogan : « Pour les générations futures, nous développons les énergies de demain. » L’annonceur : EDF. Plus grinçant, cette pile d’immeubles où l’on peut lire, sur un grand placard : « Bonne nouvelle : notre cahier de commande a doublé en cinq ans. Très bonne nouvelle : nous ferons encore mieux demain. » Pas de visuel, mais une signature : Areva.
On n’en croit pas ses yeux… Quel malin plaisant a déjoué la surveillance de Tchernobyl, au printemps 2012, pour y coller ces publicités ?
Dates clés
- 1987 Naissance à Amiens
- 2003 Fait ses débuts dans le graffiti
- 2005 Renvoyé des Beaux-Arts de Nice
- 2010 S’installe à Paris et passe au street art
- 2012 Colle dans la zone interdite de Tchernobyl, ce qui marque le début de ses projets internationaux
- 2014 Entame Dji-Art, qui a abouti à sa campagne actuelle
Le voilà, grand et mince, qui entre dans le café L’Institut face à l’université de Jussieu, à Paris. Il porte une barbe fournie, car sa nouvelle cible est l’islamisme. Sa véritable identité est un mystère, mais son nom d’artiste est COMBO. COMBO Culture Kidnapper. Une chose à peu près certaine, son âge : 28 ans. Et sa fonction sociale : street artist. Pour le joindre, c’est facile, son site Web donne l’adresse : 36, quai des Orfèvres. « Je faisais des graffitis dès l’âge de 16 ans », explique-t-il. Rapide calcul mental : cela ramène en 2003. « J’ai fait une première année aux Beaux-Arts de Nice. Les professeurs ne comprenaient pas ma démarche. Je me suis fait virer. Pourtant, dans ces années-là, la scène artistique américaine commençait à être bouleversée par les œuvres de Shepard Fairey et ce mode d’expression déferlait sur l’Europe… » Shepard Fairey a peint en 2008 le poster bleu, beige, rouge de Barack Obama, qui a fait le tour du monde. « Ça mélange l’influence de Warhol et les codes de la propagande. » D’ailleurs, la frontière entre le street art et l’univers de la publicité est plutôt poreuse. « Quand j’avais 20 ans, dit COMBO, je suis entré comme “créatif” dans une agence de pub. Avec mon expérience du graff, réfléchir à la simplicité d’un message, à son impact quand il est placé dans la rue, c’était une évidence. Mais j’ai fini par me sentir en contradiction avec ce milieu et je suis parti. »