Culture
Le graffiti est-il un art ?
L’exposition “La Morsure des termites” est présentée au Palais de Tokyo. Photo : A. One, “Face Scribbled on my Desk”, 1989. Aérosol sur toile. © A. One.
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Un festival du graffiti se tient ce week-end à Bort-les-Orgues, en Corrèze (19). Une exposition sur le même thème, et plus généralement sur le street art, ouvre aujourd’hui au Palais de Tokyo, à Paris. Le graffiti est-il devenu un art comme les autres ? Quelques pistes de réflexion avec Jean Baudrillard.
Qu’est-ce qu’un graffiti ? Dans un texte de 2005, « Kool Killer ou l’insurrection par les signes », Jean Baudrillard revenait, déjà, sur une « vague de graffiti » qui eut lieu à New York au printemps 1972. Comment comprendre le développement du graffiti ? Pour le philosophe, il faut le resituer par rapport à ce qu’est devenue la ville dans le monde contemporain : « La ville, l’urbain, c’est en même temps un espace neutralisé, homogénéisé, celui de l’indifférence », de l’anonymat ; et c’est, d’autre part, « celui de la ségrégation croissante des ghettos urbains, de la relégations des quartiers, des races, de certaines classes : l’espace morcelé des signes distinctifs ». Baudrillard poursuit le fil d’une description largement confirmée et même aggravée par la généralisation du téléphone portable : dans la ville, « chaque pratique, chaque instant de la vie quotidienne est assigné par de multiples codes à un espace/temps déterminé. […] Désormais, tous sont séparés et indifférents sous le signe de la télévision et de l’automobile, sous le signe de modèles de comportements inscrits partout dans les médias, tracés dans la ville. Tous alignés dans leur délire respectif d’identification à des modèles directeurs. » La ville est, pour le dire autrement, l’empire des signes, aliéné à un « code […] fixe et centralisé […] partout diffus dans le tissu urbain ». Elle se développe sous la forme « du quadrillage et du démantèlement de toute socialité par les signes ». Baudrillard parle encore de « sémiocratie ». C’est contre cette sémiocratie que s’élève le graffiti.