Comment entrer dans le noir ?

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Cet article est issu du numéro 107 de Philosophie magazine « Peut-on aller bien dans un monde qui va mal ? », en kiosque le 15 février 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Je suis au parc avec mes enfants, j’entends les pas des promeneurs, le froissement du journal que quelqu’un lit sur le banc voisin, et cette myriade de voix et de sons dessine des paysages sonores qui m’absorbent. Là où il n’y a pas d’activité, il n’y a pas de son, et alors cette partie du monde meurt. » Au début des années 1980, à 45 ans, le philosophe australien John Hull, professeur à l’université de Birmingham (Royaume-Uni), perd progressivement la vue. Pendant trois ans, il enregistre un journal de cette plongée dans l’obscurité. Un film, Notes on Blindness, réalisé par James Spinney et Peter Middleton et diffusé sur Arte à l’automne dernier, et une vidéo d’immersion en réalité virtuelle en ont été tiré (notesonblindness.arte.tv/fr/vr). Qu’il s’effraie de voir disparaître ses souvenirs (« Dans quelle mesure la perte de l’image de son propre visage est-elle liée à la perte de l’image de soi, avec pour conséquence le sentiment de devenir un fantôme, un esprit ? ») ou qu’il éprouve un sentiment de joie métaphysique en entendant la pluie redonner matérialité au monde, son témoignage est un document bouleversant. Hull est mort en juillet 2015, à 80 ans. Son journal, traduit en 1995 chez Robert Laffont sous le titre, Le Chemin vers la nuit, est malheureusement épuisé.

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