Édito

Comment mes enfants m’ont élevé

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Comment mes enfants m’ont élevé

© Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 72 de Philosophie magazine « 72 - septembre 2013 », en kiosque le 22 août 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le hasard des circonstances – divorce, absence… – a fait en sorte que je me sens beaucoup moins redevable envers mes parents, en termes d’éducation, qu’envers mes trois enfants. Ce sont bel et bien ces derniers qui m’ont élevé, et j’en avais rudement besoin. Mon premier fils est né alors que j’étais âgé de 25 ans. J’avais terminé mes études, lu beaucoup d’ouvrages, mais mon apprentissage de la vie était encore balbutiant. L’attente d’un enfant, à ce moment-là, ne m’a pas tout à fait enseigné la patience, mais elle m’a fait comprendre à quel point nous sommes placés dans la main de la nature. Tant qu’on évolue dans le domaine des théories abstraites, on baigne dans l’illusion de la vitesse. Car les idées naissent en un éclair. Tandis que le bébé qui grandit neuf mois durant dans le ventre de sa mère, qui pousse l’insolence jusqu’à attendre un an avant de savoir marcher et deux ans avant d’être propre, nous réinscrit dans le tempo têtu de la matière : il rappelle que la vie n’est pas cisaillée d’éclairs, mais qu’elle progresse à un rythme qui lui appartient et qu’on ne peut nullement la brusquer, sous peine de créer des déséquilibres. L’attente de l’enfant nous montre que nous sommes contraints de naviguer sur le cours du temps biologique.

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