Oh ! La belle vie !

 Conseil n° 30 : vivons en poésie !

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 Conseil n° 30 : vivons en poésie !

© Alain Pilon / Costume 3 pièces pour PM

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Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Journaliste, pigiste ou simple chroniqueur
On reçoit chaque mois un mail du directeur
(Alexandre Lacroix) rappelant qu’il lui faut
Incessamment sous peu, au plus vite, au plus tôt
En vue de la sortie du prochain numéro
Recevoir les papiers, chroniques, éditos.
Et chaque fois, j’avoue, le jour de la remise
Comme un piètre écolier dont la fainéantise
Complique le destin, embarrasse la vie
Je honnis amèrement ma torpeur infinie
Qui m’empêche de rendre et en heure et en temps
Ce travail qui me vaut quelques émoluments.
Chaque fois je ressens et les mêmes regrets
Et les mêmes remords en mon cœur affairé :
Si j’avais commencé hier à gamberger
À tenter de trouver une amusante idée
Je ne serais pas là tandis que le temps passe
Cherchant l’inspiration, perdu, à la ramasse.
Mais c’est ainsi, j’avoue : je glandouille, lézarde,
Je diffère et lambine, je traîne, je musarde
Jusqu’au jour terrifiant, terrible où je reçois
Le mail jupitérien d’Alexandre Lacroix.
Enfin par quel prodige, enfin par quel miracle
Vais-je encore une fois escalader l’obstacle ?
Vais-je encore une fois prendre un sujet sinistre
Tenter de le traiter en changeant de registre
De le rendre un peu plus, peut-être pas joyeux,
Mais un peu moins morose, un peu moins douloureux.
Cette fois je n’en ai ni le cœur, ni l’envie
Je ne suis pas d’humeur alors me suis-je dit
Faisons des vers, voilà, simplement taquinons
La muse si jolie qui danse en tourbillons.
Fêtons l’alexandrin et si je ne dis rien
Au moins tenterai-je… bah, de le dire bien.
Injectons dès qu’on peut un peu de poésie
Pour mettre des couleurs sur le gris de la vie.
Ce matin au feu rouge à un chauffard crispé
Tandis que je risquais de me faire écraser
J’ai crié : « Ah ! monsieur ! Vous n’êtes qu’un tocard
Un triste foutriquet, un dangereux connard
Je vous ferai bouffer votre permis à points
Sur votre gueule obscène assénerai mon poing ! »
Quand le monde devient prosaïque, grossier
Convoquons Apollon, sollicitons Orphée
Quand le monde est à feu, à sang et en furie
Sacrifions le trivial, vivons en poésie !