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“Consolation philosophique”, de Vincent Delecroix

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“Consolation philosophique”, de Vincent Delecroix

© Kyle Glenn/Unsplash

La philosophie peut-elle consoler, de quoi et comment ? C’est la question lancinante que réhabilite le philosophe Vincent Delecroix dans Consolation philosophique (Bibliothèque Rivages, 2020) contre les leçons pseudo-philosophiques qui nourrissent le « marché des biens de consolation ». Cet essai libre, aussi littéraire que philosophique, traverse l’histoire ambivalente de la philosophie avec le chagrin des âmes en peine. En opposant – c’est sa noblesse – les vertus de la vie rationnelle aux vaines consolations des religions, des croyances ou des divertissements, la philosophie ne passe-t-elle pas à côté d’une dimension humaine essentielle ? De l’utopie à l’ironie, en passant par les « nuages métaphysiques », Vincent Delecroix cherche d’autres voies critiques : la consolation philosophique devrait être tout, sauf l’acquiescement à l’ordre du monde. Est-ce bien raisonnable ?

 

  • La consolation fut la grande affaire de la philosophie antique, explique Vincent Delecroix… mais pour en détruire le besoin. Le stoïcisme et l’épicurisme sont des exercices de soi destinés à régler, voire apaiser, nos relations avec le réel. Ils visent au bonheur conçu comme l’absence de troubles. Le sage n’est pas consolé, il s’efforce de n’être pas affecté.
  • Le christianisme va « périmer » cette vocation de la philosophie, en proposant des consolations très efficaces hors de la vie terrestre. Le philosophe s’en retrouve « les mains impuissantes », sentant « qu’il a perdu – mais quand ? – un véritable savoir-faire ». La philosophie ne pourra jamais rivaliser avec le genre de consolation que promet la religion, pas plus qu’avec les recettes de bien-être.
  • La raison peut-elle devenir un nouvel « héroïsme » face à la mort, la souffrance, la perte, et l’existence du mal ? Hegel ouvre la voie dialectique pour surmonter le négatif, Nietzsche prône l’amor fati (l’amour du destin). Ce sont des formes de réconciliation supérieure contre les vaines consolations de la religion. Mais ne font-elles pas l’économie de reconnaître le désir de consolation ? La philosophie « parle de haut », s’agace Vincent Delecroix, mais « c’est de ce surplomb, si elle s’en soucie, que procède sa consolation ».

 

© Bibliothèque Rivages

Couverture de Consolation philosophique. © Bibliothèque Rivages

 

Où trouver alors la consolation philosophique ?

  • En appréciant la beauté du concept et son jeu avec la matière des mots : « La philosophie n’a pas à s’excuser d’être littérature : elle prouve au contraire que l’art n’est pas une diversion. »
  • Dans l’utopie : Vincent Delecroix relit notamment L’Esprit de l’utopie d’Ernst Bloch (1885-1977) pour voir dans l’imagination des possibles « en deçà, au-delà, au cœur de la réalité présumée des faits », la possibilité philosophique d’étancher la soif de consolation.
  • Dans une « raison bancale », qui laisse place à l’inconsolable : « La consolation ne comble pas la brèche ouverte par la perte. Elle assure au contraire un statut ontologique à ce qui manque, en maintenant cette brèche ouverte ».

 

Consolation philosophique, de Vincent Delecroix, vient de paraître chez Bibliothèque Rivages et est disponible ici.

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