Le diable dans les détails

Corps, âmes et âmes-corps

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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’actuelle sacralisation du corps va de pair avec le contrôle croissant que l’homme exerce sur sa vie – et sa mort. Tant de matérialisme explique que, désormais, le vague à l’âme en soit réduit à faire appel à des « coaches », psychotropes et autres guides de bien-être. Bienvenue dans un monde mécanique.

Nous vivons dans l’obsession de la santé, de la forme, de la beauté. Soins esthétiques, gymnastiques, médicaux : le corps est l’objet de toutes nos attentions. Nous ne voulons plus mourir, et en plus nous voulons rester beaux. Il est tentant de dénoncer cette sacralisation du corps au nom des droits de l’esprit, mais personne n’est prêt à la refuser. Il est vrai que ça marche : l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, et celui qui était un vieillard à 60 ans entreprend aujourd’hui de refaire sa vie. On ne me croira pas tant cela paraît loin, mais c’est en 1954 seulement que l’espérance de vie à la naissance des hommes en France a rattrapé… l’âge de la retraite – 65 ans. Depuis, elle est montée en 2009 à 77,8 années, et on nous annonce l’immortalité pour bientôt.

Cette obsession du corps va de pair (cause ou conséquence ?) avec un matérialisme désormais foncier : tout est corps. Comme nous sommes pieux et bien-pensants, nous n’osons quand même pas nous débarrasser complètement de l’âme. Aussi la simplifions-nous à l’extrême en la réifiant. Impossible de ne pas voir à quel point la psychologie a été gagnée par le simplisme en même temps qu’elle connaissait une diffusion de masse. On est passé de la psychanalyse complexe à la psychologie des conduites, et de cette psychologie des conduites à des manuels de bien-être. Il suffit de jeter un œil sur l’évolution du catalogue des grands éditeurs – Odile Jacob ou les PUF –, les guides de bien-être ont remplacé les ouvrages théoriques – et ils se vendent.

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