Coupe menstruelle. Les règles sans tabou
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Cet article est issu du numéro 138 de Philosophie magazine « 138 - avril / mai 2020 », en kiosque le 26 mars 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cet objet se présente comme une alternative écologique aux tampons et aux serviettes hygiéniques. Mais pas seulement, car il permet aussi un autre regard sur les règles.
À l’automne 2016, d’étonnantes affiches attiraient le regard des usagers du métro de San Francisco. On y voyait de gracieuses femmes en sous-vêtements sur fond de couleurs pastel à côté d’un œuf dégoulinant ou de la moitié d’un pamplemousse rouge exhibant ses quartiers. C’était une publicité pour une marque de culottes capables d’absorber le flux menstruel, libérant les femmes des tampons et des serviettes. Ce qui avait fait scandale à l’époque, c’était le texte de cette publicité : « Underwear for women with periods », « sous-vêtements pour femmes ayant leurs règles ». En 2016, le mot « règles » demeurait choquant.
Concurremment, des études fouillées sur la composition des tampons hygiéniques révélaient qu’ils contenaient des traces de produits toxiques, notamment des phtalates potentiellement cancérigènes. Étant donné qu’une femme utilise en moyenne 11 000 tampons au cours de sa vie, on comprend le risque auquel elle est ainsi exposée. Si les modes de protection classiques, tampon ou serviette, sont vigoureusement remis en question, c’est aussi parce qu’ils véhiculent un concept cohérent avec le tabou antique. Ce sont des « effaceurs » : ils essuient, ils éliminent, ils dissimulent, contribuant à se représenter les règles comme un résidu, un déchet, dont il faut se débarrasser au plus vite.