La lettre du mercredi

Dans vos petits souliers : notre sélection culturelle pour Noël

Temps de lecture : 3 min

Dans vos petits souliers : notre sélection culturelle pour Noël

© Sara Oliveira/Unsplash

« “Pitié, pas un pull, j’en ai des kilos dans mes tiroirs. Maman aussi est prévenue.” J’ai saisi au vol, ce matin, un bref échange angoissé dans la rue, en arrivant à la rédaction. Un père s’adressait à sa quadragénaire de fille. Il parlait de Noël et s’attendait déjà au pire. Alors quoi, sinon un gilet pour descendre les poubelles ?

J-7. À une semaine de Noël, peut-être ressentez-vous déjà une certaine appréhension à l’idée de passer le réveillon en famille, redoublée par l’épreuve des cadeaux plus ou moins obligés. Les plus prévoyants auront sans doute déjà ficelé leurs gros paquets ; les autres, dans mon genre, commencent à y penser, préférant la précipitation à l’anticipation. Voici quelques idées de sorties, de spectacles et de lectures qui pourraient vous retirer une épine (de sapin) du pied !

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En danse

  • Israel et Mohamed, de Mohamed El Khatib et Israel Galván (à Rennes).

Un spectacle joué et dansé par le comédien Mohamed El Khatib et le danseur de flamenco Israel Galván autour de ce que Lacan appellerait le “Nom-du-père”, soit une figure de l’interdit.
 

  • Ultimo Helecho, de François Chaignaud et Nadia Larcher (également à Rennes).

Où le danseur offre une merveilleuse interprétation – queer, ou qui joue du “trouble dans le genre” pour le dire comme Judith Butler – des danses et des chants baroques sud-américains, dans un décor spectaculaire.
 

  • Chicago. Le musical (à Paris). 

Mettant sous les feux de la rampe des femmes fortes (mais criminelles), la fameuse comédie musicale s’exporte de Broadway à Paris. Où “le tout est plus que la somme des parties”, selon une idée aristotélicienne.
 

La chorégraphe et le danseur de breakdance s’allient pour interpréter l’intégralité de la discographie de Jacques Brel, convaincus que danser permet “d’articuler un trajet intellectuel”.

Au théâtre

Un spectacle infiniment touchant sur la persévérance du désir chez nos aïeux – ce que Spinoza désignerait sous le terme de conatus ?
 

Une adaptation hilarante de ce vaudeville qui parle aussi de désir et d’adultère… mais cite également Descartes, pour qui “l’amour est une émotion de l’âme causée par le mouvement des esprits animaux” !
 

La troupe de la Comédie-Française met en scène une double tragédie sur la vengeance inspirée d’Euripide qui exacerbe les sentiments de colère et d’amour.
 

  • Neandertal, de David Geselson (à Lyon). 

Une réflexion sur la quête des origines construites comme un thriller, où la quête du passé de l’humanité se confond avec l’exploration des histoires intimes, défaisant toute tentation identitaire.
 

  • Que d’espoir ! de Hanokh Levin, dans un mise en scène de Valérie Lesort (à Lyon). 

“La joie réelle n’est autre, en effet, qu’une vision lucide, mais assumée, de la condition humaine”… Ce n’est pas du Hanokh Levin mais du Clément Rosset ! Une citation qui sied bien à ces saynètes cyniques (parfois grivoises) reprises dans une forme joyeusement grotesque.

En librairie

Cette remarquable exposition réunissant des chefs-d’œuvre ferme bientôt. Mais son catalogue vaut d’être parcouru, où l’on découvre notamment l’amitié du peintre pour l’écrivain Henry James (frère du philosophe William James).
 

  • Wish This Was Real, catalogue de l’exposition de Tyler Mitchell à la MEP (qui court encore jusqu’au 25 janvier). 

La rétrospective retrace le parcours de ce jeune photographe américain pour qui “montrer la beauté noire est un acte de justice”. Le catalogue ravira les amateurs de photo.
 

Dans cet essai aussi sérieux qu’amusé, qui vient d’être réédité dans une version augmentée, le philosophe (et fan) fait l’analyse de la “forme moyenne” de Claude François, dans les pas d’Aristote.
 

  • Et aussi… Mille Vignes, de Pascaline Lepeltier (Hachette, 2022). 

Ce n’est pas une “nouveauté” (quoique le livre vienne d’être traduit en anglais !) mais j’ai découvert cet année ce volume illustré de la sommelière Pascaline Lepeltier à l’occasion d’un entretien. Ancienne étudiante en philosophie, elle y transmet sa passion en mobilisant les sciences humaines.

Joyeuses fêtes ! »