L’obligation de recevoir et de rendre ! En offrant, on instaure une relation de rivalité, qui peut aboutir à la guerre... du moins dans certaines sociétés. Avant d’en venir aux mains sous le sapin, il est bon de parcourir l’Essai sur le don de Marcel Mauss.
L’anthropologue constate en effet que dans les économies qui ont précédé les nôtres, l'échange engage plus que des « choses utiles économiquement. Ce sont avant tout des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires dont le marché n’est qu’un des moments et où la circulation des richesses n’est qu’un des termes d’un contrat beaucoup plus général et beaucoup plus permanent. Enfin ces prestations et contre-prestations s’engagent sous une forme plutôt volontaire, par des présents, cadeaux, bien qu’elles soient au fond rigoureusement obligatoires, à peine de guerre privée ou publique. Nous avons proposé d’appeler tout ceci le système des prestations totales. »
Deux tribus du nord-ouest américain usent ainsi de ces prestations totales que Marcel Mauss appelle « potlatch ».
« “Potlatch” veut dire essentiellement “nourri”, “consommer”. Ces tribus, fort riches, qui vivent dans les îles ou sur la côte ou entre les Rocheuses et la côte, passent leur hiver dans une perpétuelle fête : banquets, foires et marchés, qui sont en même temps l’assemblée solennelle de la tribu. […] Mais ce qui est remarquable dans ces tribus, c’est le principe de la rivalité et de l’antagonisme qui domine toutes ces pratiques. On y va jusqu’à la bataille, jusqu’à la mise à mort des chef et nobles qui s’affrontent ainsi. On y va d’autre part jusqu’à la destruction purement somptuaire des richesses accumulées pour éclipser le chef rival en même temps qu’associé (d’ordinaire grand-père, beau-père ou gendre). »
Marcel Mauss, Essai sur le don, (1923) dans Sociologie et Anthropologie, PUF, p. 150-153.