La fête, une ruse avec le calendrier

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Party-2019

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Cet article est issu du numéro 21 de Philosophie magazine « 21 - été 2008 », en kiosque le 03 juillet 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Roger-Pol Droit, suspendre le temps est un moyen d’accepter son écoulement.

Il faut se méfier des discours sur la fête. Trop de pathos, trop de confusion parfois. Trop de lyrisme, mêlant à profusion le sacré et la perte, la dépense et le chaos, le dionysiaque et la transgression. Nietzsche, Bataille, Caillois, Eliade, Bastide, Duvignaud, quels que soient leurs mérites respectifs, ont fini par devenir les dieux tutélaires d’un genre littéraire mineur – le discours philosophico-sociologique sur la fête. Le plus souvent, on ne sait pas ce que ce discours désigne au juste en parlant de la « fête ». Car ce mot désigne des réalités pour le moins disparates : 1er mai sur la place Tien-An-Men, Woodstock, anniversaire de grand-mère, rave party, dimanche de Pâques ou festival Burning Man – quoi de commun ? Rien qu’un terme ? Ou un peu plus ?

Au premier regard, un tri s’impose. D’un côté, des rituels de l’ordre – religieux, commémoratifs, honorifiques – qui scandent l’année, organisent la mémoire collective, imposent leurs repères au temps commun comme à celui de l’individu. À l’opposé, des espaces du désordre – orgiaques, transgressifs, subversifs – qui défont les hiérarchies, les interdits, les normes et les rôles. Faut-il en conclure qu’il y a deux types de fête, les unes qui ferment le temps, les autres qui l’ouvrent ? Ce serait trop simple.

Le paradoxe, c’est que toute fête semble constituer un phénomène à double face : à la fois liberté donnée et imposition d’une marque. Car une fête peut d’un même mouvement suspendre le temps et le scander. Il se pourrait même que ce soit ainsi qu’elles procèdent toutes : suspendre le flux temporel pour mieux l’inscrire dans des rythmes spécifiques. Voyons.

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