De l’Éthiopie au Franprix

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L’éloge de la proximité ? Très peu pour l’écrivain-voyageur Julien Blanc-Gras, qui nous explique pourquoi les voyages vers le lointain restent, à son avis, la meilleure école de tolérance et d’ouverture d’esprit.

Longtemps, le voyageur a eu bonne presse. Celui dont le métier était de parcourir le monde jouissait d’un prestige social indéniable. Toujours prêts à livrer une anecdote édifiante à la descente de l’avion, le reporter, l’explorateur, l’écrivain-voyageur pouvaient pérorer sans crainte dans les soirées et les talk shows. Ils vantaient l’esprit d’aventure, la rencontre des cultures et la découverte de l’Autre. Au pire, ils passaient pour des vantards agaçants ou des humanistes simplets. J’ai longtemps occupé cette position. J’allais voir ailleurs, j’écrivais des livres, et on m’invitait pour raconter mes périples. J’étais celui qui parcourt la planète à votre place, payé pour voyager – comme tu as de la chance. À peine en dessous d’Indiana Jones sur l’échelle du cool. 

Puis l’horizon du voyageur s’est obscurci. Avec la prise de conscience climatique, l’avion, pourvoyeur de gaz à effet de serre, a perdu de sa désirabilité. Pour une frange croissante de l’opinion publique, le touriste qui se joue des fuseaux horaires est passé dans le rang des égoïstes, des irresponsables à rééduquer, des oppresseurs de l’environnement, à peine au-dessus de Klaus Barbie sur l’échelle des ennemis de l’humanité. 

Le globe-trotter est désormais suspect. Il lui faut justifier ses voyages. Ce qui nous entraîne très loin du mantra de Nicolas Bouvier, mètre étalon des écrivains baroudeurs franco­phones : « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait » (L’Usage du monde, 1963). Les impératifs ont changé. La quête de soi dans l’Ailleurs est un péché petit-bourgeois. La découverte de l’Autre est maintenant subordonnée au sauvetage de Tous. 

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