Édito

De l’indispensable dose d’immoralité

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Charles Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 78 de Philosophie magazine « 78 - avril 2014 », en kiosque le 27 mars 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

J’ai souvent médité sur cette citation de Nietzsche, tirée de Par-delà le bien et le mal : « Il faut aller ici jusqu’au tréfonds des choses et s’interdire toute faiblesse sentimentale : vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, violenter le faible et l’étranger, l’opprimer, lui imposer durement ses formes propres, l’assimiler ou tout au moins (c’est la solution la plus douce) l’exploiter. » On peut être tenté de l’interpréter tout à fait littéralement et d’y voir une apologie de la violence et de l’esclavage. Pourtant, il me semble qu’ici le philosophe veut nous dire autre chose ; il entend moins nous proposer un programme politique qu’une méditation sur la nature même de la vie. Entendu ainsi, le sens de son message serait le suivant : il est impossible de vivre, ne serait-ce qu’une journée, en évitant toute conflictualité. Au tréfonds des choses, il y a la lutte, une dure et aveugle compétition le plus souvent privée d’intentionnalité : parmi les deux ou trois cent millions de spermatozoïdes répandus dans la nuit de la matrice neuf mois avant ma naissance, un seul triompha. Et ce ne fut qu’un début, il s’agissait seulement de l’âpre conquête de l’invitation à être.

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