Clivages
De mieux en mieux / de pire en pire
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Cet article est issu du numéro 55 de Philosophie magazine « 55 - hiver 2011 », en kiosque le 24 novembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’espérance de vie augmente, les meurtres et la misère reculent. Et pourtant , c’est la crise : les peurs et les inégalités progressent. Ces deux visions antagonistes sur notre temps traversent chacun d’entre nous. Gain de lucidité ou redoutable désillusion ?
C’est le dilemme de tout candidat à la présidence de la République : dire que tout va mal, mais pas trop quand même ! D’un côté, le candidat doit décrire la France comme étant au bord du gouffre pour qu’on le choisisse, lui, le recours, le sursaut, le sauveur ; mais au bord seulement et d’un abîme pas trop profond, car il faut que son action future reste possible et son programme plausible. Nous autres citoyens exigeons en effet qu’il soit un enchanteur crédible, un mage technocrate ou un énarque un peu druide. Qu’il nous fasse rêver, d’accord ! mais « faudrait pas non plus nous enfumer »… Par où l’on voit que l’un des ressorts du clivage gauche-droite s’est ramolli. Jadis les choses étaient claires : la gauche était progressiste et optimiste, et la droite conservatrice et pessimiste. Aujourd’hui, une bonne part de la gauche entend défendre « les acquis sociaux » et craint pour l’avenir de la planète, tandis qu’une bonne part de la droite continue de croire – quoique un peu plus discrètement par les temps qui courent – en un avenir capitaliste sinon radieux, du moins meilleur, pourvu que l’on secoue un peu les vieux carcans étatistes. Qui est conservateur… et de quoi ? Qui est progressiste… et pour quoi ? C’est devenu difficile à dire.