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Découvrez notre dernière parution, “La Route, école de la patience”

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Découvrez notre dernière parution, “La Route, école de la patience”

© Philosophie magazine Éditeur

La Route, école de la patience, d’Apolline Guillot et Anne Lavaud, vient de paraître chez Philosophie magazine Éditeur ! Et si perdre du temps dans les transports nous réapprenait, à rebours de l’optimisation et de l’énervement, l’art de la patience ?

Découvrez-en ci-dessous un extrait exclusif. L’ouvrage est disponible en librairie dès aujourd’hui, ou ici à la commande !



« C’est le plan-séquence le plus célèbre des comédies musicales du XXIe siècle. Sous un soleil radieux, des centaines de véhicules sont arrêtés sur une route de Los Angeles. Quelques klaxons mollassons, une ou deux moues boudeuses, quand soudain commence une séquence musicale spectaculaire, filmée en plan-séquence slalomant entre les voitures. Dès les premières secondes, les automobilistes, d’abord figés dans la monotonie du trafic, jaillissent de leurs véhicules pour chanter leurs espoirs dans la ville du show-business. Ce n’est pas un hasard si en 2017, Damien Chazelle décide de démarrer sa grande fresque musicale hollywoodienne, La La Land, par une scène d’embouteillage. Le bouchon est un moment de nivellement temporaire des hiérarchies mobiles, et le film porte justement sur le désir de distinction et d’ascension sociale de deux jeunes artistes ambitieux. C’est le point de départ rêvé pour raconter leurs déboires : pour faire leur trou, devenir “quelqu’un” dans une ville qui broie les rêves… faut-il encore pouvoir avancer.

Certains embouteillages ont la faculté d’aplanir les inégalités sociales et, paradoxalement, de calmer les impatients. Selon le contexte, face à une même situation, notre patience se module, se tend ou s’étire. Quand l’attente devient routine — chaque soir, au même carrefour, sur le même tronçon de route — on finit par l’intégrer, par en faire une sorte de “rituel du retour”. C’est le cas de cette scène de La La Land : les embouteillages de Los Angeles sont presque aussi constants et inévitables que le coucher du soleil ou les décorations de Noël en décembre. Une fois installée, l’habitude se fond dans le décor, devient “mécanisme, une série de mouvements qui se déterminent les uns les autres”, voire un “résidu fossilisé d’une activité spirituelle”, comme l’écrit Bergson. Dans un bouchon inévitable, le corps et l’esprit ne font plus qu’un avec la machine, ils sont enserrés dans le même déterminisme qui fait avancer les roues du véhicule. La voiture n’est alors plus vécue comme une cage, mais comme un corps. “Notre expérience intérieure nous montre dans l’habitude une activité qui a passé, par degrés insensibles, de la conscience à l’inconscience et de la volonté à l’automatisme”, écrit également Bergson. Même chose, à l’extrême inverse, sur ces bouchons exceptionnels des grandes vacances. Si Bison Futé nous avait prévenus et que nous avons tout de même pris le volant un jour classé rouge ou noir, nous acceptons plus volontiers la circulation en accordéon. Le ralentissement prend alors des allures de fatalité, comme ceux qui nous sont imposés par la pluie battante, la neige drue ou le brouillard qui avale les phares. Là, la patience ne se discute pas : elle s’impose, instinctive, comme une nécessité. Petites voitures, grosses berlines, SUV et même motos, tout le monde est logé à la même enseigne et partage le même destin pour quelques minutes – voire quelques heures. C’est l’égalité par l’immobilité. Les autres vacanciers que je vois à gauche et droite de mon habitacle, ne sont-ce pas des alter egos ? Nul autre choix, alors, que celui de la patience. Ou, dans le cas de La La Land, de la chanson. »

 

Petite Philosophie des mobilités. La route, école de la patience, d’Apolline Guillot et Anne Lavaud, vient de paraître chez Philosophie magazine Éditeur. 80 p., 10€, disponible ici.