Enquête

École primaire : comment forger les outils pour répondre au fanatisme ?

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École primaire : comment forger les outils pour répondre au fanatisme ?

Dialogue avec les élèves dans une école primaire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) lors de la journée nationale d’hommage à Samuel Paty, le 2 novembre 2020. © Clementz Michel/PhotoPQR/L’Indépendant

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Lors de la journée d’hommage à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie  assassiné par un islamiste le 16 octobre dernier dans les Yvelines, plusieurs incidents ont eu lieu dans des écoles primaires. Comment et avec quels outils l’école peut-elle y répondre ? Une directrice d’école, deux professeurs des écoles et une animatrice d’ateliers philosophiques en milieu scolaire expliquent leurs démarches.

 

« Mon père m’a dit qu’en France on avait le droit de croire ou pas. » « Est-ce qu’on a le droit de dire tout ce qu’on veut ? » « Mais si on dit ce qu’on veut, on peut être tué ? » « Je comprends pas pourquoi ils ont tué le professeur. » « Les caricatures, c’est pas bien, mais tuer quelqu’un, c’est pire. ». Voilà, nous dit une directrice d’école primaire à Paris, quelques-unes des interrogations qui ont émergé au sein de son établissement au lendemain de l’attentat contre Samuel Paty, le 16 octobre dernier. « Ils semblaient tout savoir du crime ignoble. Ils en connaissaient les détails. Et sans dire les mots et peut-être sans le savoir, ils ont tous parlé de liberté d’expression, de laïcité, de droits », ajoute-t-elle.

La directrice et son équipe pédagogique, à qui l’institution avait demandé de signaler tout « incident », au moment de la journée d’hommage à Samuel Paty, ont surtout cherché à encadrer du mieux possible ce surgissement de l’événement dans l’école. « Dans le temps de la sidération après l’attentat, la demande de signalement n’a pas été vraiment discutée, car, ce qui dominait, c’était le “comment faire” », explique la directrice. Mais la démarche peut poser question, car elle sort du cadre disciplinaire scolaire et peut conduire à une rupture de confiance entre le corps enseignant et ses élèves. Si cette demande peut être compréhensible dans le contexte « postattentat », elle doit être circonscrite à une « situation d’urgence qui nécessiterait une réponse forte et rapide, selon la directrice d’école. Dans tous les cas, l’objectif n’est pas de “mettre à l’écart” mais, au contraire, de réparer dans toute la mesure du possible le lien entre un élève en cause et la communauté éducative. » 

Qu’est-ce qu’un incident et comment juge-t-on de sa gravité ? Cela n’est pas précisé par le ministère de l’Éducation nationale. Comme le fait remarquer la directrice, « ce qui n’était pas considéré comme réellement grave et répréhensible il y a quelques semaines encore peut le devenir, car ce qu’on pourrait appeler la “sensibilité sociale” a évolué ». La directrice prend un exemple : « Imaginons un élève qui ricane lors de l’évocation d’un attentat terroriste comme celui de Conflans. Quelle est la signification de ce ricanement ? Pour en juger, il faut bien connaître l’élève, son “histoire scolaire” à la fois sur le long terme et dans la période récente (a-t-il eu des comportements “problématiques” auparavant ?), son milieu familial, être attentif au moment et aux circonstances précises de ce comportement... » Le signalement n’est donc pas automatique, il doit se faire au cas par cas. La directrice n’a pas eu besoin d’y recourir dans son école. La minute de silence a été respectée par tous. Elle avait ciblé avec les enseignants une classe difficile et a donc décidé d’assister à l’hommage dans cette classe. Elle raconte que « les enfants semblaient avoir soif de comprendre et d’être rassurés ». 

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