La notion

“Démodernisation”

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© Anton Vaganov/Reuters

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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Russie serait-elle sur la voie de la « démodernisation » ? C’est l’avis de certains observateurs contemporains. Les politologues Alberto Rabilotta, Yakov Rabkin et Samir Saul emploient ce terme dès 2013 pour analyser la situation du pays dans un article intitulé « La démodernisation en marche ». À leurs yeux, « il faut entendre par démodernisation […] le retour à des formes de vie plus anciennes et primitives, accompagné d’une montée de plusieurs types d’irrationalité ». Dans les États qui subissent une démodernisation, « la solidarité familiale remplace les systèmes institutionnalisés de services sociaux », et « le nombre de spécialistes dans les secteurs les plus modernes – sciences, industrie – diminue radicalement, tandis que ceux qui s’occupent de matières premières et de ressources naturelles consolident leurs positions ». Le concept date en fait des années 1990. L’historien Omer Bartov décrit ainsi la « démodernisation » du front lors de la Seconde Guerre mondiale : face aux difficultés d’une guerre longue, le conflit moderne se mue en un affrontement traditionnel. Le terme a donc été pensé comme une description militaire avant de caractériser la société. Mais il pourrait rester pertinent pour qualifier l’invasion de l’Ukraine par la Russie et cette guerre qui prend une forme étonnamment archaïque.

Les concepts liés à cet article

Postmodernisme