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Des Pays-Bas au Mexique : quels sont les pays les plus “attentionnés” ?

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Des Pays-Bas au Mexique : quels sont les pays les plus “attentionnés” ?

©United-nations/unsplash

Chanceux, les Néerlandais : ils vivraient dans la société « la plus attentionnée du monde », selon une enquête récente commandée par l’application de vente de cartes postales personnalisées MyPostcard… Le classement, qui place la France en dix-septième position (sur les trente-cinq pays étudiés), a été obtenu en combinant 14 indicateurs, répartis en trois groupes : philanthropie (bénévolat, dons aux ONG, etc.) ; égalité (accès aux soins, mobilité sociale, etc.) et famille (aides aux personnes âgées, etc.)

Peut-on vraiment résumer l’attention aux autres à une série de chiffres ? Difficilement, répondraient sans doute les philosophes Nathalie Depraz et Yves Citton.

 

Pour mieux comprendre à quoi tient le fait d’être attentionné, peut-être faut-il revenir au langage lui-même. Attentionné est frère d’un autre mot, beaucoup plus courant en philosophie : attentif. Tous deux dérivent d’un même parent, l’attention – le mouvement de tension (tentio) vers (ad). L’attention est un décentrement, une focalisation de la conscience sur quelque chose d’extérieur à elle-même. Mais cette focalisation, comme note la philosophe Nathalie Depraz dans Attention et Vigilance (PUF, 2014), semble prendre deux formes que reflète la langue :

  • « L’être-attentif » : « attention soutenue » de la conscience « à ce qu’elle fait », concentration (littéralement : recensement autour de) sur un objet, une chose visée qui se situe sur un plan cognitif et vise d’abord une « écoute ».
  • « L’être-attentionné » : la conscience « se montre pleine d’égards pour autrui », « elle lui témoigne de ce que l’on pourra nommer du respect ». Cette attention tournée vers l’autre, et non vers la chose, se situe sur un plan éthique : celui du care, difficile à traduire sans multiplier les termes : sollicitude, souci, soin, etc., qui exige de moi une réponse.

Si ces deux dimensions semblent s’opposer, elles se nourrissent en réalité l’une de l’autre, précise Depraz. « Ces deux composantes sont profondément et réciproquement conditionnées l’une par l’autre, sans pour autant être aucunement symétriques ni identiques. » Aux yeux de la philosophe, « il paraît difficile d’éveiller, de déployer et de maintenir son attention tout seul […] sans que la rencontre avec une autre personne […], la résonance avec ce qu’elle sent ne soient d’emblée mobilisées dans la manière même dont je suis attentif. » Et réciproquement, la qualité d’attention à autrui « prend appui sur ma capacité cognitive à maintenir un tant soit peu mon attention ».

Cette imbrication rend toute forme d’attention difficile, sinon impossible, à quantifier. Là où l’être-attentif purement cognitif (si une telle chose existait), qui se tiendrait hermétiquement à distance de ce à quoi il est attentif, pourrait peut-être se résoudre en mesure de temps d’attention, de mouvement des yeux et autres données cérébrales, l’« attentionnement » de l’attentionné met en jeu le sujet. Il invite à répondre présent, à s’impliquer, à s’engager. L’être-attentionné est d’abord une question qualitative, qui tient à la relation concrète avec un autre.

L’« attentionnement » se vit nécessairement en première personne. Il implique la présence de cet autre, comme le rappelle Yves Citton dans Pour une écologie de l’attention (Éditions du Seuil, 2014) : « La co-construction des subjectivités […] exige la co-présence de corps attentifs partageant un même espace […] On y trouvera le fondement d’une qualité particulière d’attention relevant du care – c’est-à-dire de la prise en compte attentionnée de la vulnérabilité d’autrui, de notre solidarité et de notre responsabilité envers lui. »

Difficile de considérer, dans ces conditions, que des chiffres de prestations sociales, d’aides étatiques aux personnes âgées ou à l’enfance, de dons aux œuvres caritatives, d’égalité des sexes ou encore de mobilité sociale, révèlent quoi que ce soit de l’« attentionnement ». D’autres critères semblent plus pertinents : le bénévolat ou le « score de compassion » (qui se fonde sur des enquêtes déclaratives de ressentis). Mais la plupart des critères retenus par l’étude MyPostcard relèvent d’une forme de morale extériorisée dans des appareils collectifs dont on pourrait même dire, en un sens, qu’ils risquent toujours de servir d’alibi à l’oubli de la relation éthique à l’autre.

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