Descartes. Par monts et par vaux
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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
René Descartes s’engage à 22 ans dans les armées pour parcourir l’Europe du Nord en tous sens. Il y fait l’expérience du doute et du relatif que toute sa pensée s’attachera à dépasser.
On lui avait promis que l’étude des lettres lui ferait acquérir « une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie ». Alors, Descartes n’a rien négligé. Histoire, poésie, théologie, philosophie, il a tout étudié. En vain. « Il n’y avait aucune doctrine dans le monde qui fût telle qu’on la lui avait fait auparavant espérer. » Ce que les livres ne lui ont pas appris, Descartes va le demander au « grand livre du monde ». Celui-là ne se consulte pas dans les bibliothèques. Les hommes l’écrivent en vivant ce livre qu’on ne découvre qu’en voyageant.
Passeport
Nom : Descartes
Prénom : René
Né le 31 mars 1596 à La Haye-en-Touraine (aujourd’hui Descartes, France) ; décédé le 11 février 1650 à Stockholm (Suède)
Œuvres principales : Discours de la méthode, Méditations métaphysiques
Signes particuliers : a la « bougeotte », doute même de la réalité de son corps
Raison de partir : découvrir le « grand livre du monde »
Descartes a 22 ans lorsque, accompagné d’un domestique, il part pour la Hollande. Il s’engage comme volontaire dans les troupes de Maurice de Nassau. « Son dessein, nous prévient Adrien Baillet, son biographe, n’était pas de devenir grand guerrier. » Aussi il choisit d’accompagner les armées « pour étudier les mœurs différentes des hommes plus au naturel, et pour tâcher de se mettre à l’épreuve de tous les accidents de la vie ». Comment un engagement militaire aurait-il d’ailleurs été compatible avec la résolution de Descartes « de ne se rencontrer nulle part comme acteur, mais partout comme spectateur des rôles qui se jouent sur le théâtre du monde » ?
On s’essouffle à suivre ses voyages pendant les six années suivantes. De Breda, où il séjourne en 1618, il se rend à Maastricht en juillet 1619, puis à Aix-la-Chapelle et à Mayence. À peine arrivé, il y apprend que les électeurs de l’Empire doivent se réunir à Francfort pour y désigner leur empereur. Curieux de voir « ce qu’il y a de plus pompeux sur le théâtre de l’Univers », il y court et assiste au couronnement de Ferdinand II. En octobre, le voici sur les bords du Danube, dans le duché de Neubourg où il a suivi le duc de Bavière. Il passe l’été à Ulm, quitte la Souabe en septembre, retourne en Bavière, passe en Autriche, quitte Vienne, et entre victorieux à Prague le 9 novembre. Ayant passé l’hiver au sud de la Bohême, « le désir de connaître d’autres pays et d’autres mœurs lui fait alors quitter le service du duc de Bavière pour rallier, à la fin mars 1621, les troupes du comte de Bucquoy ». De Bohême, on le retrouve en Hongrie, où il assiège Presbourg (Bratislava), puis Tirnan « et plusieurs autres places où l’on prétend qu’il se signala ». La mort de son général le dégoûte de la profession des armes. Il s’éloigne de l’armée impériale après le siège de Neuhausel, revient à Presbourg et visite « ce qui lui restait à voir des pays du Nord ». Il passe en Moravie, traverse la Silésie, parcourt les confins de la Pologne, pénètre en Poméranie, longe les côtes de la Baltique, entre dans le Brandebourg, gagne le Holstein. Là, il s’embarque pour la Frise-Orientale et visite les principales villes des Pays-Bas catholiques.