Là est la question…

“Dois-je faire une greffe de cheveux ?” Charles Pépin répond à vos dilemmes

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“Dois-je faire une greffe de cheveux ?” Charles Pépin répond à vos dilemmes

© Alain Pilon/Costume 3 Pièces

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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine « Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ? », en kiosque le 20 février 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.


LE DILEMME DE CHRISTIAN
« Je suis confronté à un dilemme assez anecdotique en apparence. Je suis un homme de 50 ans qui commence à perdre ses cheveux et j’hésite à faire une greffe. D’un côté, je me dis que ce serait dommage de ne pas profiter d’une telle possibilité, qui me permettrait de garder une apparence de jeune homme. De l’autre, je suis tenté d’assumer mon âge et la marque du temps… Finalement, un homme qui perd ses cheveux et ne fait rien contre les progrès de sa calvitie ne possède-t-il pas un certain charme ? N’est-il pas vain de vouloir lutter contre le temps ? Mais dès lors que j’envisage d’assumer ainsi mon vieillissement, je regarde la manière dont mes cheveux s’éclaircissent, dont mon crâne se dégarnit, et je me dis que je serais quand même plus beau avec des cheveux ! Et là, je doute à nouveau : ne suis-je pas en train de me soumettre à une norme ? Ne devrais-je pas trouver en moi le courage de viser une forme de beauté différente ? » 


La réponse de Charles Pépin

Comme le montre votre dilemme, les petites choses portent souvent de grands enjeux. Autour de cette question des greffons de cheveux, deux visions de la vie s’affrontent effectivement. 

Utiliser la greffe de cheveux afin de lutter contre le vieillissement, c’est utiliser les progrès de la science, de la technique et de la médecine pour freiner la marche du temps. Ce refus de la nature induit, si l’on va au bout de la logique, la possibilité d’un refus de la mort en tant que terme de ce vieillissement. Si vous commencez par utiliser tous les moyens mis à votre disposition par la science pour lutter contre la perte de cheveux – ce qui peut être tentant –, où vous arrêterez-vous ? Déciderez-vous ensuite de faire de petites injections, puis des actes de chirurgie, afin de stopper le relâchement des chairs de votre visage ? Finirez-vous par refuser votre mort, rejoignant certains transhumanistes qui fantasment l’immortalité dans la cryogénisation de leur corps et le téléchargement des données de leur conscience ? C’est peut-être aller un peu loin, mais cette radicalisation de la perspective permet de démasquer, sous ce choix en apparence inoffensif de la greffe de cheveux, un possible désir de toute-puissance, un potentiel excès prométhéen. On se souvient de la manière dont Dédale, qui n’a eu de cesse d’utiliser son ingéniosité technique pour satisfaire les désirs humains les plus fous, a fini par voir mourir son fils Icare, le Soleil faisant fondre la cire censée retenir sur son dos des ailes artificielles…

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