La grande question
Doit-on mourir pour son pays ?
Monument aux morts de 1914-18, pacifiste, de la commune de Gentioux-Pigerolles (23). © Pascal Lachenaud/AFP
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Selon Emmanuel Macron, la France entre dans un « moment de bascule » où « jamais la liberté n’avait été si menacée depuis 1945 », tout en souhaitant donner à la jeunesse un « nouveau cap pour servir ». Mais sommes-nous prêts à défendre notre pays, au point d’y laisser notre vie ? Les réponses de Hobbes, Charles Péguy, Rosa Luxemburg et Alain.
« Je me demande s’il y a encore beaucoup de gens capables de mourir pour la France [...] Il y a une disparition du Moi social, c’est-à-dire le sentiment de faire partie d’une communauté. » Ces mots ne sont pas ceux d’un philosophe mais de Roselyne Bachelot, invitée dans l’émission Le Figaro La Nuit. La question que soulève l’ancienne ministre est loin d’être nouvelle, et nombreux sont les écrivains et philosophes à s’être engagés sur le sujet. C’est le cas par exemple d’Anatole France qui, dans une lettre ouverte publiée par le journal L’Humanité en juillet 1922, s’en prend ardemment aux « hommes d’argent » et « hauts industriels » qui « rendirent nécessaire » et « prolongèrent » la Première Guerre mondiale : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels ». Une trentaine d’années plus tard, en 1954, Boris Vian prend la plume pour dénoncer la guerre dans Le Déserteur. « Je dirai aux gens, refusez d’obéir, refusez de la faire, n’allez pas à la guerre, refusez de partir. S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre, vous êtes bon apôtre, Monsieur le Président », lance-t-il. Comme Anatole France et Boris Vian, ils sont plusieurs à avoir répondu, à travers leurs vies ou leurs œuvres, à cette épineuse question.
Hobbes : la liberté de désobéir aux ordres du souverain
L’argument peut paraître curieux venant de Thomas Hobbes, penseur, au XVIIe siècle, du Léviathan, allégorie de l’État souverain qui gouverne les hommes et les soumet à sa puissance. Pourtant, il est fondé. Selon le philosophe britannique, le citoyen a le droit de désobéir à son souverain et se rebeller contre l’État si ce dernier le pousse à aller à la guerre ou se mettre en danger au nom d’un intérêt supérieur.