Entretien

Fethi Benslama : “Salah Abdeslam cherche à s’adresser à toute la planète pour légitimer le massacre”

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Dessin de Salah Abdeslam effectué le 8 septembre 2021 au palais de justice de Paris pendant le procès des auteurs présumés des attentats du 13 novembre 2015

Dessin de Salah Abdeslam effectué le 8 septembre 2021 au palais de justice de Paris pendant le procès des auteurs présumés des attentats du 13 novembre 2015. © Benoît Peyrucq/AFP

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Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la tentation du djihad armé – notamment Un furieux désir de sacrifice (Seuil, 2016), et Le Saut épique (Actes Sud, 2021), Fethi Benslama a évidemment suivi de près le début du procès des auteurs présumés des attentats du 13 novembre 2015. Entretien.

 

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’est ouvert mercredi 8 septembre. Qu’avez-vous pensé des premières journées d’audience ?

Fethi Benslama : Nous sommes au début de l’installation de la scène de la justice entre formalisme judiciaire et rituel. Il s’agit de mettre en place l’enceinte symbolique dans laquelle va être remémoré l’atroce. Je vois le procès comme un processus d’humanisation de la cruauté par l’intelligibilité rationnelle et émotionnelle. Le jugement fondamental dont les victimes et la société ont besoin réside là. C’est ce que la civilisation peut opposer de mieux au pire. La condamnation des personnes qui ont commis le massacre et l’ont organisé est à cet égard subsidiaire. Du reste, dans leur majorité, ils ne seront là que comme spectres.

“C’est la scène qui intéresse Salah Abdeslam, car cette justice-là, il s’en fout. Il pense qu’il est déjà jugé, sa justice à lui est divine”
Fethi Benslama

 

L’attitude de Salah Abdeslam vous a-t-elle surpris ? Comment expliquer sa volonté répétée de prendre la parole alors qu’il s’était tu ces cinq dernières années ?

Justement, c’est la scène qui l’intéresse car cette justice-là, il s’en fout. Il pense qu’il est déjà jugé, sa justice à lui est divine. En revanche, le procès va lui permettre de s’adresser à toute la planète pour légitimer le massacre et le présenter comme un acte de justice pour les crimes commis par les États de la coalition contre des musulmans. Lorsqu’il n’aura plus de message, il ne voudra plus venir aux audiences.

 

À qui pensez-vous qu’il s’adresse exactement avec ce type d’interventions ? Ses véritables destinataires sont-ils dans l’enceinte du tribunal ?

Il s’adresse aux survivants de l’État islamique et aux candidats au djihadisme. Ce qui s’est passé en Afghanistan récemment le conforte. La victoire des talibans et la sortie lamentable des puissances occidentales rouvre à nouveau les portes du futur pour le djihad. Cela rappelle la victoire sur l’URSS qui a fait des émules partout dans le monde.

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