Entretien

Antoine Garapon : “Si Salah Abdeslam entame ce processus ‘restauratif’ pour jouer les fiers-à-bras ou capter l’attention médiatique, on s’en rendra compte très vite”

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Antoine Garapon : “Si Salah Abdeslam entame ce processus ‘restauratif’ pour jouer les fiers-à-bras ou capter l’attention médiatique, on s’en rendra compte très vite”

Salah Abdeslam lors d’une audience dans le cadre du procès pour les attentats-suicides du 22 mars 2016 en Belgique, à la Cour d’assises de Bruxelles-Capitale, le 5 avril 2023. © Jonathan De Cesare/Belga/AFP

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Certaines victimes des attentats du 13-Novembre ont manifesté le souhait de participer à des rencontres avec le seul survivant du commando terroriste, Salah Abdeslam, volontaire lui aussi. Alors que certains dénoncent une banalisation des crimes de terrorisme, nous avons demandé au magistrat et essayiste Antoine Garapon, qui signe Pour une autre justice. La voie restaurative (PUF, 2025), de nous éclairer sur le sens de ce dispositif.


 

Loin de toute forme de pardon, il s’agit, selon Antoine Garapon, d’une véritable révolution judiciaire qui permet à la victime de mettre à distance son traumatisme pour se remettre « en mouvement ». Entretien.

 

Pourquoi le procès des attentats du 13-Novembre n’a-t-il pas suffit à certaines victimes qui entament cette démarche de justice restaurative ?

Antoine Garapon : Le procès ne poursuit pas les mêmes objectifs que ceux de la justice restaurative. Il cherche à établir des preuves et une culpabilité mais n’a pas pour fonction de restaurer les liens entre les victimes, la société et les auteurs. Les audiences du 13-Novembre sont à cet égard assez singulières dans la mesure où, pour la première fois, la justice a accordé une grande place aux victimes : certaines ont pu exprimer, en présence des accusés, leurs souffrances consécutives à l’attentat terroriste. Au-delà de la justice procédurale et de ses codes, ses plaidoiries, ses rapports d’enquête et ses expertises psychiatriques, la justice restaurative permet d’organiser des rencontres où les participants n’ont plus besoin de combattre pour être reconnus comme victimes ou réduire leur peine. Il ne reste que la parole et l’écoute pour « se reconnecter à l’humanité », comme l’a dit une victime de l’attentat de Bruxelles. 

 

Pourtant – et vous venez de le rappeler – les huit mois de procès ont permis aux parties de s’exprimer.

On ne parle pas vraiment de soi dans un procès. On crée une version compatible avec les faits pour sauver sa peau. Beaucoup de condamnés confessent qu’ils auraient aimé en dire plus aux victimes mais que, sur la scène du rituel judiciaire, cela n’était pas possible. J’ai rencontré dernièrement en prison un garçon condamné à 16 ans de prison pour des coups mortels. Il m’a dit : « Je sais que la famille de ma victime voudrait me poser des questions qui n’ont pu être posées lors du procès car elles n’intéressaient pas la justice. » C’est très souvent le cas des victimes d’abus sexuels qui ont le sentiment de ne pas avoir eu toutes les réponses malgré le procès.

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