Guerre

Drones : l’arme du futur ?

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Drones : l’arme du futur ?

Un militaire russe tient un drone de surveillance Orlan-10, lors d’une mission de combat en Ukraine. © Alexei Konovalov/Tass via Zuma Press/Sipa

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Ce drôle d’objet sans équipage, tout simple ou boosté à l’IA, est devenu l’enjeu majeur des guerres d’aujourd’hui et de demain, notamment en Ukraine. Il bouleverse autant les grandes catégories militaires que notre rapport à la mort, à l’espace et au temps. Enquête.


 

Si le développement de l’informatique et de l’intelligence artificielle, qui permet aux appareils de se déplacer et d’attaquer de manière autonome, a largement contribué à la prolifération de ces nouvelles stars de la guerre, l’idée n’est pas neuve. Dès la Première Guerre mondiale, certains États tentent de développer des avions sans pilote. Au Royaume-Uni, Archibald Low conçoit un prototype d’avion-cible en 1916. Aux États-Unis, le projet Hewitt-Sperry automatic airplane est lancé en 1917. La même année, en France, Max Boucher fait voler le prototype Voisin « sans l’intervention de l’homme » et, l’année suivante, Georges Clemenceau, président de la Commission sénatoriale de l’Armée, lance officiellement un projet d’« avions sans pilote ». En 1923, Maurice Percheron et Max Boucher mettent au point le premier drone français. Si les militaires s’intéressent encore peu à ces appareils, on assiste, dans l’entre-deux-guerres et pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’apparition de nouveaux engins. L’Allemagne, notamment, travaille au développement de vecteurs de missiles téléguidés, et construit des véhicules terrestres téléguidés grâce à un système filaire, comme le Goliath.

Les choses s’accélèrent après la Seconde Guerre mondiale du côté des États-Unis, qui deviendront, pendant un temps, les chefs de file dans le domaine. Des engins téléguidés sont notamment utilisés pendant la guerre de Corée pour des opérations de surveillance ou de largage de tracts de propagande. Mais c’est surtout à partir des années 1990, alors que monte dans l’espace public l’exigence de « guerre propre » avec « zéro mort », que les drones connaissent leur première heure de gloire. Le modèle MQ-1 Predator, mis en service en 1995, est emblématique de cette période. L’engin est utilisé dans les Balkans, notamment pendant la guerre du Kosovo. Mais c’est surtout, après le 11 septembre 2001, dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » et Al-Qaïda que le Predator est utilisé – pour de la surveillance et des bombardements ciblés – en Irak, en Afghanistan, au Yémen, au Pakistan. Le Predator sera également mobilisé dans des opérations contre l’État islamique et contre Boko Haram au Mali et au Cameroun. Bref, le drone devient « un pivot autour duquel les États-Unis ont élaboré une nouvelle approche de la guerre contre-insurrectionnelle et du contrôle des frontières, organisée autour de nouvelles stratégies de collecte d’informations, de ciblage de précision et de reconceptualisation des forces ennemies comme un ensemble de réseaux et de chefs nodaux », explique Hugh Gusterson dans Drone: Remote Control Warfare (« Drones. L’art de la guerre à distance », 2017). Audrey Hérisson parle, de son côté, d’une « riposte aux djihadistes qui évoluent dans l’espace lisse des déserts du Proche et du Moyen-Orient » (« Un traité de “nomadologie” pour penser les guerres du XXIe siècle », 2016).

Insurrection et contre-insurrection

Nouvel instrument de la contre-insurrection, le drone devient aussi une arme de groupes terroristes. Si les drones « peuvent permettre aux pays puissants d’éviter d’envoyer des troupes au sol et de limiter les pertes humaines », ils peuvent « offrir aux pays pauvres, aux insurgés ou aux militants une force aérienne immédiate », souligne Seth Jr. Frantzman dans The Drone Wars (« La guerre des drones », 2021). « Les drones sont devenus une sorte d’armée de l’air du pauvre pour les pays engagés dans une guerre civile » ou des organisations terroristes « qui n’ont ni les moyens financiers ni la stabilité nécessaires pour construire ou acquérir une véritable force aérienne », résume Seth J. Frantzman. L’arme du faible, en somme, accessible à tout un chacun ou presque. Les drones sont relativement faciles à construire – ils n’exigent pas un haut degré de performance, au contraire d’une voiture autonome. Mais il est surtout assez simple de s’en procurer : « Ils sont faciles à expédier et permettent de contourner les embargos sur les armes. […] Ils constituent un moyen simple de harceler un ennemi sans avoir à former pendant des années de précieux pilotes. La plupart des soldats peuvent apprendre à piloter un drone sophistiqué comme ils jouent à un jeu vidéo, car les drones accomplissent une grande partie du travail de manière autonome. »

“Les drones permettent de harceler un ennemi facilement sans avoir à former des pilotes pendant des années. La plupart des soldats peuvent apprendre à piloter un drone sophistiqué comme ils jouent à un jeu vidéo” Seth J. Frantzman
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