Du réel faisons table rase

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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

De Descartes à Husserl, le doute s’est imposé comme un moyen fertile pour atteindre aux vérités premières. Mais s’aventurer à perdre toute certitude ne va pas sans risque : quelques conseils pour parvenir au bout du chemin.

L’angoisse du plongeur en apnée, chacun peut la ressentir s’il s’exerce au doute radical. Descartes raconte : « Comme si tout à coup j’étais tombé dans une eau très profonde, je suis tellement surpris, que je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond, ni nager pour me soutenir au-dessus. » Sa méthode consiste en effet à remettre en cause tout ce qui n’est pas absolument certain, afin d’atteindre une vérité, quelle qu’elle soit, qui résisterait à cette épreuve. Il parvient toutefois à toucher le fond et à découvrir, en tout cas selon lui, la vérité première et indubitable. Si je persiste à douter, c’est bien qu’il existe malgré tout un moi qui se confond avec la pensée : je pense, donc je suis.

 

Une​ technique risquée

Mais le doute est une technique risquée. Comment être assuré de se retrouver une fois que l’on a admis que tout était fiction ? L’espace qui vous entoure perd tout son sens et sa réalité : vous ne percevez plus que des formes changeantes, aussi irréelles qu’angoissantes. Perdu dans ce magma de matière, vous n’avez plus qu’à le traverser sans le comprendre. Même les autres ne sont que des fantômes. Qu’est-ce qui garantit, à ce stade, que vous vous compreniez vous-même et que vous soyez capable de poursuivre l’expérience la tête claire ? Et votre corps ? Une projection de votre esprit, des odeurs, des masses, des plis… Si le prochain film de Darren Aronofsky s’intitulait Dans la peau de René Descartes, il serait assurément aussi inquiétant que les mauvais trips de Requiem For a Dream… Mieux vaut ne pas tenter la technique du doute radical en voiture sur une route de montagne. Il est plus prudent d’appliquer la méthode du doute à la manière de Descartes, en robe de chambre dans une pièce bien chauffée. Or, dans ces conditions de repli sur soi, que peut-on bien découvrir d’autre, en guise de fondement ultime du vrai, qu’une pensée intérieure et incorporelle ?

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