Éditorial
Écologie du chagrin d’amour
© Micaël pour PM
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Cet article est issu du numéro 13 de Philosophie magazine « 13 - octobre 2007 », en kiosque le 27 septembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La catastrophe a eu lieu. L’être aimé est parti ou il vous préfère quelqu’un d’autre. Vous êtes délaissé, abandonné, en proie au doute, au dégoût de vous-même et à la jalousie. Quels remèdes employer contre le chagrin d’amour ? Stendhal suggère, dans De l’amour, une méthode qui paraîtra dérisoire, mais qui a plus d’efficacité qu’il n’y paraît : il conseille aux amants malheureux d’aller se promener dans un beau paysage, en montagne ou, mieux encore, sur le littoral. « J’ai éprouvé que la vue d’une belle mer est consolante », confie-t-il. Pour donner plus de poids à sa recommandation, Stendhal cite un passage de La Fiancée de Lammermoor, un roman de Walter Scott en vogue à son époque et situé dans la verte Écosse : « Le jour, qui s’était levé, calme et radieux, donnait un aspect agréable même aux vastes bruyères du côté de la terre, tandis que de l’autre, l’Océan se déployait en mille vagues d’azur légèrement soulevées. Le spectacle de ce calme sublime fait naître dans le cœur de l’homme, même lorsqu’il est le plus agité, une douce mélancolie… » Salutaire, le spectacle de la nature vous arrache à votre individualité et aux tourments que vous ressassez sans trouver d’issue. Tout à coup, la stabilité de la terre, du ciel et de la mer fait contrepoids à votre inquiétude, leurs dimensions relativisent votre importance. Il y a encore dans le monde des réserves imprévues de beauté. L’avenir vous semblait noir, mais vous constatez que le socle sur lequel croît la vie est intact.