Théâtre
Électrisant
Electre/Oreste d'Euripide à la Comédie-Française © Jan Versweyveld coll. Comédie-Française
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment sortir du cycle de la vengeance ? Le metteur en scène Ivo Van Hove livre une adaptation sans optimisme de deux pièces d’Euripide, à la Comédie-Française : “Électre” et “Oreste”.
Habitué des scènes de violence, acclamé pour son adaptation des Damnés d’après Luchino Visconti, le metteur en scène Ivo Van Hove retrouve la troupe de la Comédie-Française, qu’il dirige dans une tragédie en deux volets. Électre suivi d’Oreste, soit le destin tragique d’une sœur et d’un frère épris de justice. « Réveille ta plainte éternelle » chante ainsi un chœur de femmes furieuses à Électre (puissamment interprétée par Suliane Brahim). Fille du défunt Agamemnon assassiné par son épouse, Clytemnestre (Elsa Lepoivre), elle a été réduite à une vie de misère, loin du palais d’Argos. Le retour d’exil de son frère, Oreste (Christophe Montenez), ravive le désir de vengeance : tuer le beau-père, usurpateur du trône, et leur insensible mère. Après ce double meurtre, l’une attend résignée le jugement de la Cité, l’autre est tourmenté jusqu’à la folie par son matricide. Alors Pylade (Loïc Corbery), l’indéfectible ami, les pousse à se retourner contre leur grand-père Tyndare (Didier Sandre) et Ménélas (Denis Podalydès), leur oncle. Avec une distribution prestigieuse, mettant à l’honneur les femmes, Ivo Van Hove invente un spectacle électrisant, concentré autour d’une porte érigée sur une scène couverte de boue, une béance, le trou noir de la violence qui aspire tout. Au fond, quatre musiciens galvanisent la tragédie de leurs percussions. Où finira donc le cycle de la vengeance ? Qui fera taire la plainte éternelle ?