Elena Milachina, journaliste russe : « Une peur qui vous pousse à agir »
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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans la Russie de Poutine, la Novaïa Gazeta (« Nouveau Journal ») est le dernier bastion de la presse écrite d’opposition. Elle en paie le prix, puisque cinq de ses rédacteurs, notamment Anna Politkovskaïa, ont été assassinés depuis dix ans. Elena Milachina, 31 ans, grand reporter, justifie un engagement devenu clairement dangereux pour sa vie.
« J’ai commencé à travailler à la Novaïa Gazeta il y a douze ans. J’étais encore étudiante en journalisme à Moscou. À l’époque, j’ai choisi ce journal non pour sa liberté d’expression, qui était le lot commun de tous les médias russes, mais pour la qualité littéraire de ses articles. Depuis, le domaine de la liberté de parole s’est réduit, et la Novaïa Gazeta est progressivement devenue un îlot de liberté dans un pays passé sous le contrôle du pouvoir.
Le processus de restriction de la liberté d’expression a commencé quelques mois après l’élection de Vladimir Poutine, le 26 mars 2000. En août, je l’ai vu à l’occasion du naufrage du sous-marin Koursk. Pour calmer la détresse des familles des victimes, le nouveau président n’avait qu’une phrase : “Je vous donnerai de l’argent.” J’ai alors compris qu’il étendrait ce système (confort contre liberté) à tout le pays.