Emoticons. Le mot et son double

Temps de lecture : 3 min

Emoticons. Le mot et son double

© WL

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 84 de Philosophie magazine « 84 - novembre 2014 », en kiosque le 23 octobre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ces symboles prolifèrent dans nos SMS ou nos courriels. En apparence redondants avec le message, ils permettent néanmoins d’écrire le non-dit.

Plus qu’un usage, c’est désormais une habitude. Dès que deux personnes vaguement proches communiquent par SMS, leur échange est truffé de syntagmes qui, combinant deux ou trois caractères, figurent littéralement une émotion, une sensation ou un état d’esprit, et dont la signification n’apparaît qu’au terme d’une rotation mentale à 90° vers la gauche.

Que vous soyez heureux :), confus :S, malade :~(, radieux :)), triste :(, stupéfait :-O, insolent :P, facétieux ;-), en adoration 8O, agacé :-/, confiant :-} ou ostensiblement indifférent :-°, il n’est plus de message, ou si peu, qui ne soit ponctué par ce dévoiement figuratif de la ponctuation, que, par commodité de langage (et bien que ce terme désigne une série beaucoup plus large de symboles), j’appellerai emoticon.

Or, à première vue, les emoticons sont les Dupondt du langage. Leur omniprésence est à la mesure de leur néant. Loin d’apporter une précision, de spécifier un propos ou d’ajouter une nuance, ils ne se donnent que comme l’écho des paroles qui les précèdent (quand ils ne les remplacent pas). L’air de dire « je dirais même plus », les emoticons répètent, sur un autre mode, ce qui vient d’être dit. Comment se fait-il qu’il soit pourtant désormais impensable, sinon étrange, d’écrire « je suis triste » ou bien « je suis content » sans y adjoindre l’inutile indication correspondante – :( ou :) ?

Cet article est réservé aux abonnés