Intervention
En finir avec les zones de non-droit : Laurence Devillairs réagit à l’affaire Bétharram
Jean-Marie Delbos, ancien élève et victime, a lu la lettre envoyée à Francois Bayrou en 2024 lors d’une action coup de poing devant le lycée de Bétharram (64), où l’association Mouv’Enfants a dénoncé 50 ans de silence sur des violences sexuelles présumées le 12 février 2024. Près de 120 plaintes sont en cours d’examen. © Quentin Top/Hans Lucas /Hans Lucas via AFP
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Atterrée par les révélations de l’affaire dite de Bétharram, la philosophe chrétienne Laurence Devillairs nous adresse cette tribune. Où elle plaide pour la fin des « zones de non-droit » que constituent les institutions de l’Église, favorisant, par leur mode de fonctionnement même, l’abus de pouvoir, le silence et l’impunité.
Comme tous, j’ai été profondément choquée et plongée dans une grande tristesse en prenant connaissance de l’affaire Bétharram [des abus sexuels et des violences répétées sur des élèves, par l’équipe pédagogique et l’encadrement religieux d’un collège catholique privé des Pyrénées-Atlantiques, qui auraient fait potentiellement plus de 150 victimes en plusieurs décennies], qui sera probablement suivie, hélas, d’autres dossiers du même genre. Quand on subit la violence au sein d’une institution catholique, mais sans doute en va-t-il ainsi dans toute institution, il n’y a plus ni dehors ni secours. Il ne règne que l’entre-soi, où le tyran, entouré de ses complices – par lâcheté ou par intérêt – bénéficie de la plus totale impunité.
On parle volontiers en ce cas de la loi du silence ; elle n’a toutefois rien d’une loi mais elle est bien plutôt la conséquence du fait que les institutions constituent des zones de non-droit. Ce qui vaut loi, ce sont le clientélisme, un système de complaisances et de favoritisme, l’arbitraire, c’est-à-dire la volonté d’un seul ou de quelques-uns, et la peur. Plus de dehors signifie précisément que même invoquer la loi – le droit du travail, le code civil, les droits de l’homme, les commandements divins, le message de l’Évangile, le Christ – n’est plus possible, ou alors perverti pour servir le pouvoir en place.
Le scandale de Bétharram, comme les autres dossiers d’abus sexuels au sein de l’Église – ceux recueillis par le rapport Sauvé, ceux entourant la personne d’Henri Grouès dit l’abbé Pierre, ceux encore inconnus, ceux que l’on a tus et que l’on tait encore – trouvent, selon moi, leur origine dans l’abus de pouvoir. S’il y a abus sexuels, c’est parce qu’il y a d’abord et de façon systémique abus de pouvoir. Au sein de ces institutions, un seul ou plusieurs sont structurellement autorisés à imposer leur volonté, sans que personne, ou presque, ne s’indigne ni ne se révolte.