Entre deux infinis
© François Avril pour PM
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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À cause du vent du large, si puissant qu’il remonte de l’océan vers les terres, les chemins de basse Bretagne, reliant entre eux les champs de maïs, d’orge ou de blé, sont souvent creusés dans le sol entre les haies.
Ils sont consolidés par des murets de granit, pierre dont sont faites aussi les chapelles de Cornouaille et dont on dit qu’elle parle à qui sait entendre. J’ai beau inlassablement vagabonder sur des sentiers que plus personne n’emprunte, je n’entends que le vent d’ouest et le chant des pinsons perchés sur les branches. Contemplant la fraîcheur de la chapelle Saint-They, je ne perçois que mon propre souffle. Les pierres n’ont rien à dire, et ne parlent pas. Loin de la rumeur des hommes, tout n’est que silence.
Malgré ses bruissements innombrables, la nature n’est que silence car, contrairement à ce qu’on se plaît à imaginer, elle ne signifie rien. Et inversement, même lorsqu’ils restent muets, les hommes sont rarement silencieux : ils fluctuent et s’agitent dans le vacarme des villes. Pourquoi vouloir à tout prix faire parler les pierres ? Serait-ce que, précisément, elles ne bruissent même pas ?